Une passion en points de couture

Un survol autobiographique, parsemé de clins d’œil à propos du film et la vidéo, à quel point ils sont apparus en points de couture dans ma vie!

Les clins d’oeil du « gars des vues » :

Quand j’étais petit, j’habitais dans un petit village niché dans les Alpes.

Nous n’avions pas de télévision. Je prenais une boîte de carton, je découpais un rectangle sur l’un des côtés et je fixais une feuille de papier calque à l’intérieur en guise d’écran. J’étais très satisfait et content de ma télévision. Je la disposais soigneusement sur un meuble et je la contemplais longuement, même si l’écran restait parfaitement vierge. 

Nous habitions le troisième étage d’une maison. Une famille a déménagé au rez-de -chaussée. Je ne pouvais résister à aller les visiter parce qu’ils avaient une télévision. Pendant que les enfants de la famille continuaient à jouer et à parler devant le téléviseur, j’étais pour ma part complètement hypnotisé par ce qui se passait à l’écran, même si je ne comprenais rien!

Il n’y avait pas de cinéma au village. Mais de temps en temps, un projectionniste ambulant montait et collait un peu partout des affiches du film qu’il allait projeter. La projection se passait dans une grande salle communautaire. Le film était en couleurs. À ma première projection, j’étais littéralement renversé sur ma chaise, ébahi, j’en avais littéralement plein la vue, un souvenir mémorable même si je ne comprenais rien à l’histoire.

Un jour nous sommes descendus des montagnes pour aller vivre dans une grande ville du plat pays. Tout était gris et pluvieux. Du moins c’est le souvenir que j’en garde. Brèches de lumière: notre grand-mère paternelle nous emmenait de temps en temps voir un film. J’étais alors adolescent, je ne comprenais pas plus mais j’étais tout aussi fasciné! Une révélation, le film « Le Baron de Crac », mêlant film et animation dans un monde imaginaire. J’étais une fois de plus renversé. Dans mes rêves, c’est ce que je voulais faire: créer des mondes imaginaires. (Dans les faits, j’ai fait l’inverse, en tournant des films documentaires qui sensibilisent à des situations réelles. Moins de magie mais beaucoup plus de dimension humaine.)

Sachant mon intérêt, mon parrain m’a offert sa vieille caméra 8 mm à ressort.

Puis mon père nous a annoncé que toute la famille déménageait au Canada, que c’était un pays très moderne, qu’il y avait des autoroutes dans les villes et que dans certaines localités les enfants se rendaient à l’école en hélicoptère (on se demande d’où vient le fait que je soir rêveur).

Dans les faits, nous avons passé des mois dans une chambre au dernier étage d’un petit hôtel pour immigrants sur la rue St-Denis à Montréal. Des semaines d’attente à ne rien pouvoir faire. Mais il y avait une télévision. Nous avons passé des heures et des heures à la regarder, essayant entre autres d’apprivoiser ce nouveau langage que nous ne comprenions pas.

C’est la première fois que j’ai vu mon père désespéré. Il ne trouvait pas d’emploi, ce qu’on lui avait promis se volatilisait en poussière. Il restait assis durant des heures dans l’escalier en s’affligeant silencieusement de tous les maux.

Il y avait un immigrant espagnol qui logeait au même étage. Il m’a donné un support à lampes pour accompagner ma caméra. Un autre clin d’œil.

Puis le propriétaire de l’hôtel nous a loué sa maison de campagne dans un rang, en plein champs, en Ontario. Il y faisait froid, la petite fournaise à l’huile ne fournissait pas. Les chevaliers de colomb sont venus avec deux grosses valises nous offrir des vêtements. Le « pays moderne » en a pris un coup, en particulier du côté nourriture. Je me souviens, parmi notre ordinaire, du pain blanc tranché avec du Cheez Whiz, accompagné de jus de pommes Allen.

J’allais à l’école en bus jaune (et non en hélicoptère), la moitié des cours était en anglais, je ne comprenais rien.

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Mettre les mains dans la peinture!

Elle avait en tout premier pris bien soin d’enfiler tablier et gants pour éviter de se salir.

Et puis, après avoir copieusement inondé son œuvre de couleurs, après un temps d’arrêt, elle a résolument plongé ses mains nues dans la peinture fraîche!

Cette jeune participante à un atelier de création de fonds que je donnais m’a offert en retour, et sans le savoir, une leçon de vie.

On a beau vouloir tout planifier, tout évaluer et contrôler, il vient un temps où il est impérieux de plonger. C’est dans ce temps-là que surgit la véritable créativité, non pas celle qui est raisonnée et conditionnée par nos appréhensions, attentes ou jugements.


Aller au-delà des apparences, aller voir plus creux, plus profond!

J’avais expliqué aux enfants, durant l’atelier de création de fonds, qu’ils étaient encouragés à explorer les différents médiums, à les mélanger, et même à faire tout ce qu’on n’a pas le droit de faire à l’école, comme casser les crayons et se salir.

Ce n’était pas tombé dans l’oreille d’une sourde.

Une des participantes à l’atelier se mit en tête d’ouvrir l’étui en plastique d’un gros surligneur jaune. Après bien des efforts, elle réussit à en extirper la feutrine imbibée d’encre et à répandre celle-ci sur une feuille de carton.

Puis, en continuant à fouiller dans les matières à recycler, elle découvrit un vieux téléphone portable. Après avoir demandé si elle pouvait l’ouvrir, elle s’empara d’un maillet et se mit en d’en briser l’étui protecteur.

Satisfaite d’avoir mis à jour la partie cachée du téléphone, elle imbiba celui-ci de colle blanche et décida de le coller en plein milieu de son œuvre.

Après réflexion, je me suis dit que ce qu’elle venait de faire était très intelligent! Si nous avions l’audace, comme elle l’a fait, d’enduire nos cellulaires et nos écrans de colle et de les fixer sur des feuilles de papier, peut-être qu’ils ne pourraient plus envahir nos vies.

À la rencontre de l’autre…

Apprivoiser l’autre que soi,

aller vers l’être non-connu,

et à plus forte raison,

lorsqu’il s’agit d’un animal,

trouver le langage silencieux,

qui permettra le dialogue

au-delà de la différence.



Les enfants s’y entendent,

étant naturellement doués,

pour ce qui semble parfois

insurmontable à l’adulte!

Illustrations : mes petites nièces apprivoisant des chevaux de passage lors de l’arrivée de cavaliers et cavalières nomades sur notre terre.

Temps suspendu…

Il n’y a pas de mots pour décrire cet état là. C’est comme une brèche dans la linéarité du quotidien.

Le temps semble s’arrêter pour faire place à une autre dimension. Comme si les aiguilles de l’horloge suspendaient leur course pour faire place au mystère, et en même temps à la révélation de ce qui émerge de l’inconnu.

Les enfants sont naturellement plus doués pour rentrer dans cet état.

Pas descriptible, les mots manquent…

Premiers pas

Peu importe ce que l’on entreprend, ça commence toujours par des premiers pas…

Une image créée dans le cadre de la visite des ateliers d’artistes d’Arts visuels de Gatineau.

C’est drôle, je n’ai jamais participé à une tournée d’ateliers d’artistes, malgré toutes les opportunités qui se sont présentées. Un premier pas en ce sens…

La plupart du temps je dessine une image parce que d’une certaine façon je me reconnais en elle.

J’ai l’impression que je n’ai fait que ça dans ma vie : des « premiers pas »…

Des premiers pas hésitants, souvent maladroits. Peu importe le secteur d’activité. Toujours en train d’apprendre. Et reconnaître que j’ai besoin de personnes « plus grandes » qui m’ont précédées pour me tenir la main.

C’est toujours à recommencer, en particulier dans le domaine artistique. Et le plus difficile, c’est peut-être de désapprendre ce que l’on croit savoir.

En ce moment j’apprends à faire mes premiers pas sur le chemin d’une plus grande simplicité, avec moins de prétention.

Sur ce chemin, ce sont les petits enfants qui nous précèdent, avec brio. Il y a tant et tant à apprendre d’eux.

Nous prétendons leur apprendre à vivre en ce monde, ce que nous réussissons que bien maladroitement. Tandis que eux, les petits enfants, nous apprennent la manière de renaître à notre véritable raison d’être, dans la joie et la simplicité.

Merci à l’amie qui a pris la photo dont je me suis inspiré, et merci à la petite qui me réapprends en ce jour à marcher sur le chemin de la vie.

Nés avec un panier vide sur le dos

Je me demande si d’une certaine façon nous ne sommes pas toutes et tous nés avec un panier vide au bout du bras ou sur le dos.

À en voir le regard vierge de l’enfance qui contemple toute chose avec un regard neuf, sans filtre ni idée préconçue. Leur panier est vide, ils sont tout prêts à glaner au fil de la vie les découvertes qui se présentent.

Et puis avec le temps, ce panier se remplit, emmagasine les expériences, les pensées, les insécurités et les rêves inaccomplis, jusqu’à éventuellement s’alourdir et devenir un fardeau sans que personne ne s’en rende vraiment compte.


Je reprends ici ma série de dessins solidaires avec ce qui se passe ailleurs, à l’autre bout de la planète.

Non pas par recherche de dépaysement, pour découvrir des terres et réalités inconnues, mais bien pour qu’en mon cœur je n’oublie aucune de ces dimensions propres à notre humanité commune.

Pour moi chaque image de « l’autre » est à la fois un témoignage et un point d’interrogation. Et aussi, de façon tout à fait personnelle, chaque image a un autre sens que celui de représenter la réalité dont elle témoigne. Chaque image me renvoie à mon propre parcours de vie, autant intérieurement qu’extérieurement!


Un roi disait à sa fille :

« Tu es ma princesse,
…pour toujours!

Tu es la fleur de mon cœur,
Tu es la joie de mon âme,
Tu es la perle de mes yeux,
Tu es la cantate de ma chair,
Tu es le parfum de mes jours,

Et tout cela, tu l’es à tous les jours et pour toujours
Peu importe que tu te présentes drapée de bijoux royaux ou en haillons, tu es ma fille, tu es ma princesse. »


Illustrations réalisées à partir de photos trouvées sur le web, je n’ai pas réussi à identifier la source