Troisième épisode du récit autobiographique centré sur les clins d’œil annonçant la nature de mes futures occupations professionnelles. (Je ne m’attendais pas à parler avec autant de détails de mon histoire de vie, mais c’est toujours amusant de voir à quel point il y a dès notre jeunesse des signes annonciateurs de ce que l’on va faire plus tard!)
Lire le premier épisode :
https://lepetitparc.ca/manu/2026/03/08/une-passion-en-points-de-couture/
Lire le deuxième épisode :
https://lepetitparc.ca/manu/2026/05/10/suite-du-recit-a-propos-du-gars-des-vues/
J’avais 15 ans.
Hobby, occupation principale et compensation au vide intérieur : rêver, compulsivement.
Je rencontre un homme d’une trentaine d’années, très actif, socialement bien intégré et ayant une grande confiance en lui-même (tout le contraire de moi-même). Il me voit et pose un verdict désapprobateur.
Il émet ses recommandations à l’effet qu’il est temps que je rentre dans les rangs et que je prenne ma vie en main.
Il faut que le petit déraciné se plante quelque part dans la vie et assume ses responsabilités et ses devoirs de grande personne.

L’homme parle à mes parents. Il cherche deux personnes pour partager les frais d’un voyage en covoiturage dans l’est du Québec. Il propose de nous emmener, moi et ma sœur, contre contribution aux coûts. Très politisé, il avait décidé de participer à la tournée en Gaspésie d’une toute nouvelle formation politique : le parti québécois.
Et nous avons en effet pris la route. Nous étions cinq en tout, tassés dans une toute petite voiture. Moi qui avais horreur de la promiscuité, j’ai pris mon trou durant la totalité du voyage.
Si je parle de cet épisode de ma jeunesse qui a priori n’a aucun rapport avec le « gars des vues », c’est parce que c’est le premier clin d’œil qui m’a été donné en rapport avec le métier de graphiste.
Durant la tournée, les organisateurs avaient trouvé une manière de me rendre utile et de contribuer activement au travail d’équipe. Ils avaient remarqué que j’avais une certaine habileté à écrire en lettres moulées. J’ai donc été requis pour inscrire à la main les coordonnées des prochaines rencontres publiques au bas des affiches du PQ. Travail fastidieux, …et un avant goût du considérable nombre d’heures que j’allais passer par la suite au cours de ma vie dans le laborieux travail de graphisme et de mise en page.
Je ne sais vraiment pas si ce voyage a effectivement contribué à ce que je m’assume davantage, selon le souhait qui avait été formulé. Je n’en garde pas grand souvenir. Sinon que le groupe qui constituait la caravane était pas mal joyeux et animé. Et évidemment que moi et ma sœur nous détonions par rapport à l’ensemble des participants. Nous étions en effet plutôt timides, peu participatifs et repliés sur nous-mêmes.
Il y avait beaucoup de personnes très dynamiques qui allaient devenir connues plus tard. Parmi celles qui se démarquaient: le docteur Laurin, Jacques Parizeau et René Lévesque. Il y avait aussi des artistes, dont le Père Gédéon et plusieurs autres.
Toujours est-il qu’un soir, les plus joyeux d’entre eux, Parizeau en tête si je me souviens bien, ont décidé qu’il était temps de délurer le jeune homme réservé que j’étais. Ils m’ont fait boire toutes sortes de boissons alcoolisées durant des heures, en commençant par la bière jusqu’à la Vodka, en espérant me saouler et ainsi me déniaiser. Cela n’a pas fonctionné, j’ai juste été royalement malade, avec tous les dégâts qui s’en sont ensuivis (je passe les détails). Ils m’ont laissé tranquille par la suite.
Nous assistions tous les soirs à des discours enflammés des futures vedettes du Parti québécois.
Lorsque l’occasion se présentait, quelques-uns d’entre-nous allaient se dégourdir les jambes sur les rochers en bord de mer. Je me souviens entre autres d’une fois au Cap Bonaventure, les vagues éclaboussaient les massifs rocheux. René Lévesque se tenait à l’écart, plus intériorisé que les autres, cogitant sans doute son grand projet politique.
De retour dans l’Outaouais, un autre déménagement :
Mon père a senti qu’il était temps que nous quittions la maison dans laquelle nous étions temporairement accueillis. C’était l’été, il trouva une autre solution temporaire : la location d’un chalet sur une île. Il concevait cette option comme une forme d’initiation à la vraie vie des bois au Québec. On peut dire que cela a été en effet toute une sorte de plongée dans une autre réalité!
Dans le sens que ce séjour qui se voulait initialement des vacances de deux semaines dura en fait toute une année.
Suite du feuilleton au prochain épisode.

