Apprendre à bûcher, …et à sacrer!

Un tout petit épisode, alors que nous vivions sur l’île!

À l’approche de l’hiver, nous avons été confronté à la nécessité de faire des réserves de bois de chauffage.

Aussi, il avait été décidé que j’irais aider Fernand, l’homme de main de la vieille, à bûcheronner dans les bois.

Je n’avais manifestement pas la constitution pour une telle activité.

Mais Fernand a quand même appris au petit rêveur déraciné que j’étais les rudiments de l’art de descendre un arbre dans le bon sens, de le débrancher à la machette, de produire des billots avec la scie à chaîne, et surtout de bûcher dans ceux-ci pour en faire du bois de chauffage.

Et c’est là qu’il me fut transmis la méthode typiquement québécoise de bûchage: le chapelet de sacres.

Quand Fernand commençait à bûcher, ça prenait pas de temps pour qu’il se mette à sacrer!

Il faut dire en partant que le néophyte que j’étais était totalement ignorant de cette pratique inédite. C’était le cri secret, le truc ultime des bûcherons pour enfin parvenir à fendre les bûches les plus infendables.

Évidemment, l’art du sacre réside dans l’accent et l’intonation juste, un long apprentissage qui ne peut se faire que dans les bois!

En bon élève, je me mis à la pratique consciencieusement. Mais le plus drôle dans tout cela, c’est que je me suis efforcé d’apprendre méticuleusement tous les mots magiques pour fendre le bois, sans soupçonner une seule seconde que ces mêmes mots désignaient des objets religieux. N’ayant eu aucune éducation religieuse, j’ignorais totalement la signification des paroles que je répétais avec force à chaque coup de hache :

« Tabarnak d’ostie de câlisse de ciboire », et plus et plus et plus! S’cusez là, j’en dis pas plus. En espérant ne pas avoir offensé personne! 


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