Traverser novembre

On a beau dire, on a beau faire, la grisaille et la froidure que nous ramène ce mois d’automne agit sur nous. Du moins sur la plupart d’entre nous.

Ce matin, étendue sur le dos dans mon lit, j’ai deviné que la lumière de cette journée serait parcimonieuse, retenue, comme repliée sur elle-même. Une lumière de novembre, en somme.

Puis, je me suis mise à penser à celles et ceux, nomades de nature, qui traversaient autrefois des forêts, des lacs et des rivières, à pied et en canot, pour revenir avant la neige et les grands froids à leur campement d’hiver. Une course contre la montre. Un effort considérable que déployaient chaque année les familles et les clans au cours de ce périple.

Cette vie, totalement en symbiose avec la Nature, Michel Jean la décrit admirablement bien.

photo: adriansart

Le livre Kabasa m’avait permis de découvrir, avec beaucoup d’admiration, une œuvre intense où le journaliste et l’auteur se fondaient l’un dans l’autre. Le livre suivant, Nishim (« cousine », en langue innue), que j’ai lu à peine quelques mois plus tard, m’a permis cette fois de découvrir des aspects plus intimes, liés à l’histoire de sa famille et de ses ancêtres innus.

Au début de Nishim, le ton simple, direct, presque maladroit, m’a déroutée. Jusqu’à ce que je réalise que l’intention était probablement d’adapter le mode d’expression des personnages à leur âge et leur milieu. Pas de phrases longues et stylisées, donc, dans la bouche des enfants ou de certains personnages dont la pensée est directe, épurée. Quel pari courageux!

Nishim ne fait pas dans la dentelle. Il relate sans détour une histoire parfois difficile à lire tant elle est cruelle et déplorable. Je suis convaincue, cependant, qu’elle inspirera à celles et ceux qui en auront été touchés un désir sincère de réparation. C’est ce qu’on appelle, en d’autres mots, faire amende honorable.

photo: Debby Chatzi

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