Les acouphènes, un royaume mystérieux que nul ne convoite

 Le proverbe « Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois* » m’est revenu en mémoire ce matin. Avec, en trame sonore, le bruit stridulent de milliers de cigales qui résonne désormais dans ma tête jour et nuit, je me suis demandé où les sujets atteints d’acouphènes chroniques pourraient bien vouloir être couronnés rois ou reines. Nulle part, sans doute.

Mais nous rêvons très souvent de ce monde, devenu inaccessible, où le silence et les bruits paisibles existaient. Il y a, j’imagine, un proverbe disant que nous ne reconnaissons la valeur d’une chose que lorsque nous la perdons. C’est tellement humain!  

 

  

 Les acouphènes, il va sans dire, ne sont ni un royaume ni un État, mais plutôt un « état ». Plus précisément, ce sont « des bruits aberrants (sifflements, bourdonnements, cliquetis) perçus dans l’oreille ou la tête sans source externe, résultant souvent d’une surstimulation du nerf auditif suite à des lésions de l’oreille interne, un traumatisme sonore ou le vieillissement ».

De la ligue mineure des acouphéniques, je suis passée assez abruptement à la ligue intermédiaire un peu avant Noël. Je dois mille gratitudes à mon fils, qui a été frappé de plein fouet par des acouphènes très sévères en 2015 et qui m’a permis dès le départ de savoir que l’habituation serait ma seule option. Aucun retour en arrière possible. Il y a des deuils à faire.

Pour moi, c’est un adieu au chant – choral ou autre -, aux sessions d’enregistrement en studio, aux séances de cinéma et aux concerts, bref, à tout ce qui risque d’être bruyant. Mais il reste tant de beauté à découvrir et de reconnaissance à éprouver pour ce qui m’est encore accessible! La liste, en fait, est étonnamment longue. Je me demande maintenant s’il existe un proverbe disant que le fait d’être privé de choses, de personnes ou d’activités chères à notre cœur peut nous amener à apprécier celles qu’il nous reste…

Vient toujours le moment où il faut se dire au revoir. Je vous laisse donc avec une chanson de mon fils, « A day like today », que j’aime particulièrement. Il l’a enregistrée en studio en 2013 avec une amie chanteuse et des collègues musiciens de l’époque.

 

Namaste.

Je tiens à remercier les photographes dont les photos libres de droits figurent dans cet article.

*Ce proverbe date de l’Antiquité, mais il a été popularisé au XVIe siècle par le philosophe, humaniste et théologien Érasme.

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