


On entend parler – et on ressent même parfois ici les effets – de plus en plus d’événements climatiques extrêmes, en général attribués au réchauffement ou même à un emballement climatique global. – De grosses inondations à Gatineau ces dernières années, des tornades ou des saisons de feux de forêt destructrices partout en Amérique, etc…
Pourtant, de tels événements ont aussi eu lieu dans le passé et ont laissé des traces historiques ou même géologiques.
En mai dernier, j’ai eu la chance de faire un très beau voyage dans le sud-est de la France en compagnie de ma fille Aude Catherine. Nous avons d’abord découvert la belle ville de Toulouse, avant de nous rendre en Dordogne où j’ai rejoint une partie du Chœur Nomade, la chorale dont je fais partie depuis plusieurs années, pour donner deux concerts dans de très vieilles églises du sud de la Dordogne.
Au détour de notre découverte de très beaux lieux, villes, villages et paysages, j’ai eu l’occasion de retrouver des traces physiques de très grandes crues et inondations qui ont touché ces régions dans l’histoire.
Toulouse
Nous avons dons passé notre première semaine à Toulouse, la très belle ville surnommée, la «Ville rose», en raison des briques de terre rouge utilisées sur beaucoup de maison et édifices de la ville, anciens et plus nouveaux.
Nous étions logés sur la Rue de Cugnaux, en abord du quartier Saint-Cyprien, et pour les plus intimes dans le petit quartier Arènes, tout près de la station de métro du même nom.
Toulouse est située sur un coude du fleuve Garonne et s’est d’abord développée sur sa rive gauche qui est plus élevée au-dessus de la Garonne. La ville s‘est ensuite étendue sur la rive droite, beaucoup plus basse par rapport au fleuve, où se sont développés des quartiers à l’origine plus pauvres et peuplés d’ouvriers. (Tel le quartier Saint-Cyprien.)
La Garonne est un fleuve principalement français qui prend sa source dans les Pyrénées espagnoles et coule sur 529 kilomètres, passant notamment par les villes de Toulouse et de Bordeaux, avant de se jeter dans l’océan Atlantique. [Wikipedia]
En raison de son grand bassin versant, le cours de la Garonne est soumis assez souvent à de grandes crues qui peuvent se déclarer soudainement et causer de grandes inondations parfois très destructrices. Une de ces crues qui a marqué l’histoire est celle du 23-24 juin 1875.


L’aigat de la Sant Joan, ce « déluge de la Saint-Jean » en occitan…
La crue de la Garonne de 1875 est une crue historique de la Garonne. Elle frappe Toulouse dans la nuit du 23 au 24 juin 1875. Elle cause 476 victimes dans les départements de la Haute-Garonne, du Tarn-et-Garonne et du Lot-et-Garonne, dont 209 dans la seule ville de Toulouse, où elle détruit environ 1 400 maisons et la totalité des ponts, à l’exception du Pont-Neuf. À Toulouse, la crue atteint son pic dans la nuit du 23 au 24 juin 1875, après plus de trois jours de très fortes pluies sur des sols gorgés d’eau.
C’est une crue exceptionnelle : non seulement elle est la plus forte observée depuis 1632, mais en date de 2024 aucune autre crue ne l’a égalée. À l’échelle de mesure du Pont Neuf, le niveau d’eau atteint 8,32 m (le niveau habituel est de 0,80 m ). À Toulouse, c’est essentiellement la rive gauche qui est frappée : le quartier de Saint-Cyprien est noyé sous plus de 3 mètres d’eau.
Que d’eau !?
C’est le président français P. de Mac Mahon [de 1873 à 1879], venu constater les dégâts causés en 1875 par cette crue de la Garonne, qui se serait exclamé, sans beaucoup d’imagination : « Que d’eau, que d’eau ! ».
La légende veut qu’un préfet fort zélé lui ait répondu : « Et encore, Monsieur le Président, vous n’en voyez que le dessus… ! » [La Gazette du Midi]
Pendant notre séjour à Toulouse, c’est en remontant la rue de Cugnaux du sud vers la Garonne que j’ai rencontré une vieille maison assez typique du quartier, et qui doit dater au moins d’avant 1875, car on peut y voir gravé et signalé par un panneau sur le coin de la maison: « Crue du 23 juin 1875 – plus hautes eaux connues de la Garonne ». Et ceci à quelques mètres au-dessus du niveau du rez-de-chaussée de cette maison, elle même située à au moins un kilomètre de la rive du fleuve !
On peut donc s’imaginer que des centaines de maisons de ce côté de la rivière ont dû être inondées et plusieurs détruites lors de cette grande crue séculaire !
Et qu’en est-il chez nous ? Avons-nous déjà subi de si fortes crues ?
Revenu à la maison à Gatineau, j’ai cherché des statistiques sur le niveau des plus grande crues que nous ayons connues depuis des générations: lors des inondations du printemps 2017, un rapport indique qu’au maximum de la crue, le 7 mai 2017, le niveau atteint de 45,13 m à Gatineau était presque 4 mètres au-dessus du niveau moyen minimal à pareille date. Quand on se rappelle du nombre de maisons, rues et autres installations endommagées à Gatineau et Ottawa cette année-là, on n’ose à penser à quels dommages ce qu’une crue de 8 mètres comme celle de la Garonne en 1875 aurait pu causer ici !
Mais ayant ensuite poursuivi notre voyage en Dordogne, j’y ai aussi trouvé les traces d’autres inondations historiques. – Mais ça sera pour un prochain billet !
