L’avis de M. le Bœuf

J’ai posé quelques questions au bœuf de mon voisin. Je voulais savoir ce qu’il pensait de nos femelles. Après tout, nous, les humains, nous ne sommes pas très tendres envers les vaches. Quand il s’agit d’élégance, nous pensons aux gazelles ; pour la beauté de leurs yeux, les biches remportent notre préférence. Nous nous permettons même de qualifier de vache une personne grossière au physique comme au moral.

Je tenais donc à entendre un avis formulé depuis l’autre côté de la clôture (littéralement : le bœuf et moi étions séparés par celle qui délimite la propriété du voisin).

Voici ce que ce sympathique bovidé m’a répondu (je traduis ses propos) :

Couverture de la partition du foxtrot La Wachkyrie (1919). (Domaine public ; Wikiki.)

« Vraiment, vous, les humains, mâles ou femelles, qu’importe, vous êtes la risée de tous les autres animaux. De quoi avez-vous l’air à vous promener sur vos deux pattes de derrière ? Vraiment ! Et vos extrémités pleines de doigts et d’orteils : vous auriez mieux fait d’adopter les sabots, c’est plus solide. Et tout le reste : vos figures sans museau, vos fronts stupides, sans cornes ; le mince cou qui soutient votre tête ronde serait incapable de supporter le poids d’une cloche en métal. Le comble du ridicule est atteint par vos femelles (puisque c’est l’objet de votre question). À quoi leur sert de garder leurs mamelles hautes, pointées en avant comme des pare-chocs ? Pourquoi ne les portent-elles pas plus bas, à la portée de vos petits. Voulez-vous qu’ils meurent d’inanition sitôt venus au monde ?

Entre bovins, nous nous disons souvent que les humains sont les animaux les plus pitoyables de la ferme. Mais mon jugement est peut-être biaisé par la situation privilégiée qui est la nôtre. Après tout, les bovins occupent le sommet de l’Évolution. Il est donc juste que les humains se mettent entièrement à notre service, nous soignent, nous bichonnent comme ils le font en plus de nous servir notre pitance. Ils sont laids et humains (il voulait sans doute dire bêtes), mais utiles et dévoués. Sans doute qu’ils se rendent compte de leur infériorité et agissent en conséquence. »

Billet paru le 19 avril 2020 dans le blogue Balourd Dix (lien).

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