{"id":293,"date":"2025-03-11T12:19:16","date_gmt":"2025-03-11T16:19:16","guid":{"rendered":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/?p=293"},"modified":"2025-03-11T20:15:49","modified_gmt":"2025-03-12T00:15:49","slug":"micronouvelles-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/2025\/03\/11\/micronouvelles-2\/","title":{"rendered":"Micronouvelles 2"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><strong>Dans le Grand Nord<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les pales de l\u2019h\u00e9licopt\u00e8re soulevaient une poussi\u00e8re jaun\u00e2tre. Le pilote fit les derni\u00e8res lectures des cadrans. Il leva sa grosse t\u00eate rougeaude de lutteur \u00e9bahi vers le petit groupe de personnes qui attendaient \u00e0 une vingtaine de m\u00e8tres. Cinq passagers. Le reste de l\u2019\u00e9quipe demeurait au sol jusqu\u2019au prochain voyage. Il leva un pouce en l\u2019air et d\u2019une main invita les passagers \u00e0 monter dans l&rsquo;appareil. Deux passagers se dirig\u00e8rent vers la porte ouverte derri\u00e8re le pilote. Il pointa vers l\u2019avant de l\u2019appareil. Passez par-l\u00e0, intima-t-il, \u00e0 l\u2019endroit des autres passagers. Deux d\u2019entre eux contourn\u00e8rent le nez de l\u2019h\u00e9lico. Ne restait que Billy, un gringalet qui avait obtenu la job avec l\u2019\u00e9quipe de g\u00e9ologues gr\u00e2ce aux relations de son p\u00e8re. Dire qu\u2019il \u00e9tait peu appr\u00e9ci\u00e9 par les membres de l\u2019\u00e9quipe serait un euph\u00e9misme. Pourtant, c\u2019est lui qui avait sauv\u00e9 la vie de Grigori en utilisant son \u00e9pipen pour att\u00e9nuer une grave allergie alimentaire. Le pilote s\u2019impatientait. Billy avan\u00e7a vers l\u2019appareil. Un coup de vent souleva encore plus de poussi\u00e8re et Billy fut momentan\u00e9ment aveugl\u00e9. Il cessa de marcher, le temps d\u2019y voir quelque chose. Il \u00e9tait tout contre l\u2019appareil, mais du mauvais c\u00f4t\u00e9. D\u00e9sorient\u00e9, il se remit en marche, t\u00eate baiss\u00e9e, une main devant les yeux. Le vent semblait souffler plus fort. Il remarqua du coin de l\u2019\u0153il les membres de l\u2019\u00e9quipe qui gesticulaient comme des pantins sur les amph\u00e9tamines et faisaient des moulinets fr\u00e9n\u00e9tiques avec leurs bras. Tous pointaient vers la queue de l\u2019h\u00e9licopt\u00e8re. Billy leva la t\u00eate. Il \u00e9tait \u00e0 trente centim\u00e8tres du rotor de queue. P\u00e9trifi\u00e9, il lui fallut plusieurs secondes pour r\u00e9agir. Il rebroussa chemin, contourna le nez de l\u2019appareil et monta dans la cabine. Le pilote lui lan\u00e7a un regard meurtrier. \u00ab\u00a0Crisse de trou de cul. Un vrai fils de boss!\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><strong>Un vol<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bernard Beige avait attendu cette promotion pendant des ann\u00e9es. Il avait gravi tous les \u00e9chelons. En nouant sa cravate, il se rem\u00e9mora avec un petit pincement son parcours. Il avait d\u00e9but\u00e9 dans la rue, \u00e0 servir de la soupe chaude aux itin\u00e9rants. Puis il avait \u00e9t\u00e9 surveillant dans un centre de sans-abris, responsable des popotes ambulantes, gestionnaire d\u2019un centre de jour. Maintenant directeur des Services sociaux de toute la r\u00e9gion. Un poste de haut fonctionnaire au minist\u00e8re \u00e9tait pr\u00e9visible dans un proche avenir. Il serra sa ceinture d\u2019un cran suppl\u00e9mentaire. Le r\u00e9gime fonctionnait. Il passa machinalement la main \u00e0 son auriculaire gauche, qui le d\u00e9mangeait depuis quelques jours et rajusta la chevali\u00e8re qui avait tendance \u00e0 tomber. Il trouva curieux que le r\u00e9gime fasse aussi maigrir les doigts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin-l\u00e0, \u00e0 titre de directeur nouvellement nomm\u00e9, il recevait le CA d\u2019une Fondation d\u00e9sirant proposer un partenariat dans le domaine de la sant\u00e9 mentale chez les d\u00e9munis. \u00c9changes polis et platitudes de circonstances. \u00ab&nbsp;Notre mission, nos valeurs, bla bla \u2026&nbsp;\u00bb La r\u00e9union fut br\u00e8ve. Tous quitt\u00e8rent la salle, sauf une femme, grande et droite, qui s\u2019approcha de Beige.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; J\u2019ai remarqu\u00e9 votre chevali\u00e8re. D&rsquo;o\u00f9 la tenez-vous?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Pardon?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle le fixait intens\u00e9ment. Elle savait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son dipl\u00f4me de travailleur social en poche, Beige arpentait les rues depuis des mois \u00e0 la recherche des plus r\u00e9tifs, de ceux qui ne voulaient rien savoir du syst\u00e8me. Il y avait ce type aux allures snob malgr\u00e9 son aspect d\u00e9penaill\u00e9. Il puait. Je m\u2019appelle Personne, disait-il. Il portait un tas de breloques autour du cou et des bagues \u00e0 chaque doigt. Il y avait une chevali\u00e8re, avec un motif&nbsp;de flamme s\u2019\u00e9levant d\u2019une pierre tombale. C\u2019\u00e9tait finement grav\u00e9. Un matin de grand froid, &nbsp;Beige avait trouv\u00e9 le type gel\u00e9, raide mort. Il lui subtilisa la chevali\u00e8re et commen\u00e7a \u00e0 la porter quelques mois plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Qui vous l\u2019a donn\u00e9e?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Personne. Il se faisait appeler Personne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un sourire cruel traversa le visage de la femme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Personne, en effet. Tout aussi paum\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait, mon fr\u00e8re Patrick \u00e9tait passionn\u00e9 depuis l\u2019enfance par l\u2019Odyss\u00e9e et Ulysse, qui se faisait appeler Personne pour \u00e9chapper \u00e0 Polyph\u00e8me, le cyclope. Permettez.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle lui prit la main gauche avec fermet\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Cette flamme montant d\u2019un tombeau, c&rsquo;est notre blason familial depuis des g\u00e9n\u00e9rations. Vous l\u2019avez vol\u00e9e \u00e0 Patrick. Jamais il ne l\u2019aurait donn\u00e9e. C\u2019\u00e9tait son tr\u00e9sor. Il disait que c\u2019\u00e9tait la bague d\u2019Ulysse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Beige \u00e9tait confus, il b\u00e9gaya. Elle tendit la main.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Donnez.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le ton \u00e9tait sans appel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Elle ira dans sa tombe. Nous ferons exhumer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Sa tombe? On n\u2019avait pas r\u00e9clam\u00e9 son corps. On s\u2019appr\u00eatait l\u2019envoyer \u00e0 la Facult\u00e9 de m\u00e9decine pour les cours de dissection.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Non. J\u2019ai r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 son corps in extremis et j\u2019ai bien vu qu\u2019il n\u2019avait plus la chevali\u00e8re. Vous \u00eates un voleur, monsieur Beige.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><strong>Un enfant<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019enfant tourne autour de la table de cuisine. Le plateau de biscuits fra\u00eechement sorti du four tr\u00f4ne sur le joli napperon au milieu de la table. \u00c7a sent bon, il imagine d\u00e9j\u00e0 les p\u00e9pites de chocolat fondre sur sa langue. Il salive. Il l\u00e8ve le bras pour tendre la main, mais \u00e7a bloque. \u00c7a ne veut pas. Seulement un biscuit, l\u00e0, celui qui est juste sur le bord du plateau et que maman n\u2019a probablement pas vu, parce qu\u2019il est plus petit que les autres, comme le chiot esseul\u00e9 qu\u2019il avait vu quelques semaines auparavant sur un trottoir. Il avait suppli\u00e9 ses parents. Il faut le secourir. Les parents n\u2019avaient pas r\u00e9pondu. Le biscuit \u2026 Le d\u00e9sir est fort. La voix dit non. Il remonte \u00e0 sa chambre. Elle est dans un ordre impeccable, ce n\u2019est pas comme la chambre de Vivianne, la grande s\u0153ur, qui laisse tout tra\u00eener. Si au moins son d\u00e9sordre \u00e9tait joli. Ici, tout est parfait. Non, il y a un pli sur la couette. Vite, tirer sur un c\u00f4t\u00e9, puis sur une autre. Voil\u00e0. Ah, il y a peut-\u00eatre de la poussi\u00e8re sous le lit. Il faudrait l\u2019enlever, puis bien ranger les camions, sinon \u2026 L\u2019ar\u00f4me invitant des biscuits est mont\u00e9 \u00e0 la chambre et interrompt ses atermoiements. Il descend \u00e0 la cuisine. Papa est encore dans le garage, maman dans le sous-sol. Il a vu le chat de la voisine tourner autour d\u2019une souris, l\u2019attraper, la lancer en l\u2019air pour la rattraper et la relancer aussit\u00f4t. Non, il ne faut pas faire \u00e7a avec le biscuit. S\u2019il en prend un, personne ne le saura. Oui, quelqu\u2019un le saura. Lui. Ce sera d\u00e9licieux dans sa bouche pendant deux minutes au plus, mais il sait qu\u2019il y pensera toute la journ\u00e9e, en se couchant, en se r\u00e9veillant. Il y a beaucoup de choses comme \u00e7a qu\u2019il transporte dans sa t\u00eate d\u2019une journ\u00e9e \u00e0 l\u2019autre. Des choses qu\u2019il aurait voulues, mais qu\u2019il n\u2019a pas pu. Il tourne autour de la table en geignant et en tapant des pieds. La m\u00e8re monte. \u00ab&nbsp;Mais \u00e7a va pas la t\u00eate! Tiens, prends un biscuit et va devant la t\u00e9l\u00e9. J\u2019ai du travail \u00e0 faire.&nbsp;\u00bb Il s\u2019installe devant un \u00e9pisode de la Pat Patrouille, le biscuit en main, il ne le mange pas. \u00c7a ne devait pas se passer comme \u00e7a. Il aurait voulu le prendre lui-m\u00eame, car le soir venu il aurait pens\u00e9 au biscuit. Il aurait \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois content et m\u00e9content. Comme quand il avait touill\u00e9 du bout de la langue le trou dans la gencive, apr\u00e8s avoir perdu une dent en tombant sur le carrelage. \u00c7a faisait mal et c\u2019\u00e9tait bon. Les deux en m\u00eame temps.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-default\" \/>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><strong>Un grand sec<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Longiligne, d\u00e9marche d\u00e9sarticul\u00e9e, toujours en train de remonter ses lunettes, habill\u00e9 style mai 1968 avec col roul\u00e9, veston \u00e0 carreaux, jeans \u00e0 pattes d\u2019\u00e9l\u00e9phant, avec un \u00e9ternel journal sous le bras, le type m\u2019intriguait. Je n\u2019avais pas envie de le conna\u00eetre plus que \u00e7a, mais je ne pouvais m\u2019emp\u00eacher de l\u2019observer lorsqu\u2019il passait devant mon animalerie, dans le centre d\u2019achats de Gatineau. Il avait une horloge coinc\u00e9e dans le cerveau. Il passait toujours \u00e0 13 h 05, quand je rouvrais la boutique apr\u00e8s ma pause midi. Pas une seule fois il n\u2019a tourn\u00e9 la t\u00eate dans ma direction. Il semblait sourd \u00e0 ce qui l\u2019entourait. Les chiots dans la vitrine l\u2019avaient remarqu\u00e9 et ils aboyaient plus fort quand il passait devant. Il devait travailler au nouveau centre d\u2019emploi que le gouvernement venait d\u2019ouvrir au bout du couloir. Avec son allure soixante-huitarde, il semblait tout frais sorti d\u2019un mus\u00e9e. Je n\u2019arrivais pas \u00e0 lui donner un \u00e2ge convenable \u00e0 cause de son accoutrement. Quel journal pouvait-il bien lire? Il ne restait plus que deux quotidiens imprim\u00e9s dans toute la province, des quotidiens populaires qui ne correspondaient pas \u00e0 son genre. Puis un jour, il a cess\u00e9 de passer devant ma boutique. Trois mois plus tard, je l\u2019ai crois\u00e9 \u00e0 une r\u00e9ception donn\u00e9e par un petit \u00e9diteur local. Outre ma passion pour les animaux de compagnie, je me targuais d\u2019un certain talent litt\u00e9raire et je venais de publier un opuscule chez l\u2019\u00e9diteur. Il \u00e9tait l\u00e0. C\u2019est lui qui m\u2019a reconnu en premier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Ah, c\u2019est vous le type de l\u2019animalerie. J\u2019ai lu votre \u2026 livre \u2026 enfin, si on peut appeler \u00e7a un livre. Soixante pages, c\u2019est un peu \u2026 c\u2019est maigre. Mais il y a de jolies trouvailles, notamment lorsque vous comparez les chiots \u00e0 des saucissons en fourrures. Je d\u00e9teste les chiens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Vous \u00e9crivez?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; J\u2019\u00e9cris tout le temps, partout.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Vous avez publi\u00e9?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Pas encore. Je travaille sur un magnum opus. Deux mille pages. Dans mon r\u00e9cit, je dis bien r\u00e9cit et non roman, mon protagoniste est un tardigrade qui parcourt chaque circuit mental d\u2019Elon Musk. Il y a de la mati\u00e8re, croyez-moi. Je pr\u00e9vois d\u00e9j\u00e0 des annexes.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><strong>\u00d4 chocolat<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Le fleuve fait m\u00eame pas trois cents m\u00e8tres de largeur \u00e0 cet endroit-l\u00e0. En plus, l\u2019\u00eele est inhabit\u00e9e et il n\u2019y a rien de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, sur la rive am\u00e9ricaine. Regardez.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019\u00e9tait la Toussaint. Un vent d\u2019ouest tr\u00e8s doux avait calm\u00e9 les morsures d\u2019un hiver h\u00e2tif. Gendron mit son long doigt sur la carte \u00e9tal\u00e9e sur la table.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Le bateau est cach\u00e9 au bout de l\u2019\u00eele Iroquois, sous une b\u00e2che. Pas visible par les drones.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la foul\u00e9e des s\u00e9ismes politiques aux \u00c9tats-Unis, bien des choses surprenantes \u00e9taient arriv\u00e9es. Notamment l\u2019interdiction totale du chocolat, une lubie du Secr\u00e9taire \u00e0 la sant\u00e9, neveu d\u2019un ancien pr\u00e9sident. Amoureux fou des golden retrievers, il avait tiqu\u00e9 sur les m\u00e9faits suppos\u00e9s de la th\u00e9obromine, surtout pour les chiens. C\u2019\u00e9tait la substance \u00e0 abattre, une substance terroriste, et le chocolat fut d\u00e9clar\u00e9 <em>substantia non grata<\/em>. Le trafic du chocolat rapportait maintenant beaucoup plus que celui du fentanyl ou de la coke. Gendron avait \u00e9t\u00e9 ma\u00eetre-chocolatier dans un grand restaurant de Toronto et il avait, depuis peu, d\u00e9laiss\u00e9 sa job pour r\u00e9pondre \u00e0 la demande ph\u00e9nom\u00e9nale venant du sud de la fronti\u00e8re. Ce soir-l\u00e0, la cargaison \u00e9tait destin\u00e9e \u00e0 un groupe de Mexicains. Il leur manquait cet ingr\u00e9dient pour la f\u00eate des Morts, le 2 novembre. Ils \u00e9taient preneurs pour tout ce qu\u2019on pouvait leur apporter. La r\u00e9gion des Mille-\u00celes \u00e9tait pris\u00e9e pour le trafic, car elle \u00e9tait mal patrouill\u00e9e par la Garde c\u00f4ti\u00e8re am\u00e9ricaine. Nous sommes partis du motel peu apr\u00e8s minuit. Apr\u00e8s dix minutes de route, nous \u00e9tions rendus \u00e0 la pointe de l\u2019\u00eele. On a enlev\u00e9 la b\u00e2che et on a rapidement charg\u00e9 le bateau. Pr\u00e8s de deux cents caisses de chocolat noir. Le petit bateau \u00e9tait plein, et il restait une bonne vingtaine de caisses dans la benne du camion.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; On les prend?&nbsp;a demand\u00e9 Burns.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gendron a h\u00e9sit\u00e9. Le bateau \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 charg\u00e9 au max.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; OK, tant qu\u2019\u00e0 se donner tout ce trouble. On fera plus de cash.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une fois les caisses empil\u00e9es dans le bateau, je les ai b\u00e2ch\u00e9es et j\u2019ai arrim\u00e9 le tout. Burns a d\u00e9marr\u00e9 le moteur \u00e9lectrique. Nous avancions. Seul le clapotis des vagues contre l\u2019embarcation rompait l\u2019\u00e9pais silence. Gendron scrutait la rive am\u00e9ricaine aux jumelles. Le vent a augment\u00e9 brusquement, la houle aussi. \u00c7a tanguait dangereusement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Ralentis, tabarnak!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Burns a fait une fausse man\u0153uvre et a plut\u00f4t acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 l\u2019embarcation. Nous avons chavir\u00e9. Aucun d\u2019entre nous ne portait de gilet de sauvetage. Au m\u00eame moment, un puissant projecteur a perc\u00e9 la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; This is the US Coast Guard!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je n\u2019ai pas entendu la suite de la mise en demeure. Je n\u2019entendais que les cris d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s de Burns et Gendron qui se d\u00e9battaient dans l\u2019eau glaciale. Ils ont coul\u00e9 \u00e0 pic. C\u2019\u00e9tait mon tour d\u2019y passer quand j\u2019ai agripp\u00e9 au dernier moment une bou\u00e9e. J\u2019ai \u00e9cop\u00e9 de vingt ans de prison. Au dessert, il y a souvent du pouding \u00e0 la caroube, cens\u00e9e remplacer le chocolat. Oh mis\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><strong>La non-\u00e9troitesse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Bon, on parle des dimensions dans l\u2019espace. C\u2019est quoi le mot pour d\u00e9signer quelque chose de large?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019institutrice balaya la classe d\u2019un regard mou. Puis elle fixa sa montre. Encore deux minutes avant la fin du cours. Paulette leva la main. Elle fr\u00e9tillait sur sa chaise. Elle l\u2019avait le mot. \u00ab&nbsp;Qu\u2019est-ce qu\u2019elle va encore me sortir?&nbsp;\u00bb pensa l\u2019institutrice.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Oui, Paulette?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Largitude.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019institutrice leva les yeux au ciel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Tu n\u2019as pas lu la liste que j\u2019ai donn\u00e9e hier?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Oui, j\u2019ai bien vu largeur. Mais largitude, c\u2019est plus joli. C\u2019est un vieux mot fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Un archa\u00efsme, bien s\u00fbr. Mais aujourd\u2019hui, on n\u2019utilise plus les archa\u00efsmes. La langue \u00e9volue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Moi j\u2019aime bien les trucs archa\u00efques. \u00c7a sonne comme archanges.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; \u00c7a aussi, \u00e7a n\u2019existe pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Je\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La cloche sonna. Ouf, sauv\u00e9e, murmura l\u2019institutrice.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vingt ans plus tard, une musique New Age de \u2019tits oiseaux gazouillants full zen emplissait la salle de loisir, au foyer. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re journ\u00e9e de stage de Paulette McGuire, fra\u00eechement dipl\u00f4m\u00e9e de l\u2019Universit\u00e9 de Sherbrooke en g\u00e9riatrie. La plus brillante de sa cohorte, son choix avait intrigu\u00e9 tout le monde. \u00ab&nbsp;Tu es dou\u00e9e pour la neurochirurgie et \u00e7a paie beaucoup. Pourquoi les vieux schnocks?&nbsp;Ils n\u2019ont pas d\u2019argent.&nbsp;\u00bb J\u2019aime les vieilles choses, avait-elle r\u00e9pondu avec un sourire d\u00e9sarmant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les cours de yoga \u00e9taient populaires au foyer, surtout qu\u2019ils \u00e9taient donn\u00e9s par Hugo. Il entra dans la salle, chevelure abondante et assum\u00e9e, torse bomb\u00e9, mais juste pas trop pour demeurer en de\u00e7\u00e0 des crit\u00e8res de machisme, il installa les tapis et invita les huit femmes et les deux hommes \u00e0 s\u2019assoir en lotus. Paulette observait la sc\u00e8ne. Une femme maugr\u00e9a. Elle d\u00e9signa de la main l\u2019homme \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Je ne veux pas \u00eatre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui. Il pue. J\u2019ai besoin de plus de \u2026 Ah, c\u2019est quoi ce mot?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle ouvrit grand les bras, et les ouvrit davantage, et encore davantage. Paulette eut un choc. Elle la reconnut. L\u2019institutrice. Atteinte d\u2019Alzheimer pr\u00e9coce, elle \u00e9tait au foyer depuis deux ans. Elle avait \u00e0 peine cinquante ans. Elle en paraissait vingt de plus. Paulette s\u2019approcha et se pencha vers elle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Largitude?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La femme se tourna vers Paulette. Un large sourire illumina son visage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Oui, c\u2019est \u00e7a, c\u2019est bien \u00e7a. Mais vous n\u2019avez pas vu les notes de cours que j\u2019ai distribu\u00e9es hier?<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><strong>Une m\u00e9prise<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Julia et Julien \u00e9taient jumeaux. Julia avait annonc\u00e9 \u00e0 son frangin son retour de Paris plus t\u00f4t que pr\u00e9vu. Elle venait d\u2019y passer un an comme stagiaire au Laboratoire Lumi\u00e8re, Mati\u00e8re et Interfaces, \u00e0 Saclay.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Nous sommes dus pour une bonne bouteille au chalet, Juju. J\u2019ai des choses \u00e0 te raconter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Julien r\u00e9pondit au texto de sa s\u0153ur par plusieurs \u00e9motic\u00f4nes de sourire avec lunette de soleil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; OK. Vendredi prochain \u00e0 19 heures. Ciao.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Julia lui envoya un pouce en l\u2019air et retourna \u00e0 son \u00e9cran pour finaliser son rapport de stage. Elle fixa longuement le logo du centre de recherches. Lumi\u00e8re, mati\u00e8re, interfaces. Elle se sentait hypnotis\u00e9e. Les trois mots valsaient sur l\u2019\u00e9cran. Ils finirent par atterrir dans une zone impr\u00e9vue de son cerveau, loin des \u00e9quations de la m\u00e9canique quantique. Elle se rappela avoir vu un YouTube sur les exp\u00e9riences de mort imminente et s\u2019\u00e9tait demand\u00e9 comment on pouvait croire \u00e0 de telles balivernes. Pour en avoir le c\u0153ur net, elle avait enfil\u00e9 une s\u00e9rie de vid\u00e9os sur le sujet, qui toutes parlaient de la pr\u00e9sence de la lumi\u00e8re. \u00ab Que des sottises \u00bb, avait-elle conclu. Mais l\u00e0, devant l\u2019\u00e9cran, le mot lumi\u00e8re avait une signification qui lui \u00e9chappait, comme si elle d\u00e9couvrait ce mot pour la premi\u00e8re fois. Elle eut un frisson. Elle pressentait l\u2019oppos\u00e9 de la lumi\u00e8re. Elle ferma son \u00e9cran et alla prendre un caf\u00e9 au bar d\u2019en face.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une semaine passa.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Julien se leva, regarda sa montre et alla \u00e0 la fen\u00eatre pour une cinqui\u00e8me fois. Il tenta de percevoir des phares dans la pluie obstin\u00e9e qui s\u2019\u00e9tait abattue sur la province depuis deux jours. L\u2019\u00e9cran de pluie masquait le lac. Un feu vif ronronnait dans le foyer. Il y ajouta une b\u00fbche et s\u2019assit. Il reprit le bouquin pos\u00e9 sur le pouf. Crime et Ch\u00e2timent. On lui en avait recommand\u00e9 la lecture. \u00ab \u00c7a te mettra en contexte \u00bb, lui avait dit un coll\u00e8gue. Actuaire associ\u00e9 dans un cabinet d\u2019Ottawa, il cherchait \u00e0 \u00e9largir sa palette professionnelle. Il en avait assez des r\u00e9gimes de retraite. Un groupe d\u2019assureurs avait besoin de donn\u00e9es \u00e0 jour sur les homicides. Les poursuites sans fin leur co\u00fbtaient cher. Il reprit la lecture \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 Raskolnikov avoue ses crimes \u00e0 Sonia. Julien posa le livre sur les genoux. Toute cette noirceur int\u00e9rieure l\u2019interpellait. Il ressentait une r\u00e9sonance, sans parvenir \u00e0 y mettre des mots.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son t\u00e9l\u00e9phone bipa.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Juju, t\u2019es o\u00f9? Je t\u2019attends depuis une heure.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Moi aussi. Tu me niaises ou quoi?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Tu m\u2019attends? O\u00f9 \u00e7a?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Au chalet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au m\u00eame moment, \u00e0 deux cents kilom\u00e8tres de distance, le fr\u00e8re et la s\u0153ur r\u00e9alis\u00e8rent leur m\u00e9prise. Lui \u00e9tait au chalet familial du lac Simon, elle au Chalet Bar-B-Q sur Sherbrooke, \u00e0 Montr\u00e9al, qu\u2019ils avaient tellement fr\u00e9quent\u00e9 \u00e0 l\u2019enfance, la famille demeurant \u00e0 deux pas de la r\u00f4tisserie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Il pleut chez vous?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Comme c\u2019est pas possible. \u00c7a manque de lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Ici aussi. C\u2019est noir.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\"><strong>La maladie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le m\u00e9decin a pos\u00e9 son st\u00e9thoscope sur le bureau. Il a expir\u00e9 longuement, puis a remont\u00e9 ses lunettes sur l\u2019ar\u00eate fine de son nez. Quel \u00e2ge avait-il? Trente-cinq ans? J\u2019en avais alors deux de plus que lui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Vous \u00eates un cas rare, monsieur Lefort. Selon les r\u00e9sultats des tests, votre r\u00e9mission est compl\u00e8te. Il y a deux mois, vous \u00e9tiez mourant. Cancer avanc\u00e9 de la prostate. Oui, un cas assez rare. Votre cancer s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 rapidement, puis les tumeurs se sont r\u00e9sorb\u00e9es tout aussi rapidement, pouf, comme \u00e7a, comme si une poudre magique avait \u00e9t\u00e9 saupoudr\u00e9e dessus. Certains parleraient de miracle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En effet, j\u2019\u00e9tais en r\u00e9mission, je sentais mon \u00e9nergie revenir, mes id\u00e9es noires s\u2019\u00e9vaporaient. J\u2019\u00e9tais entr\u00e9 dans son bureau, tout guilleret, sachant que j\u2019avais droit \u00e0 de bonnes nouvelles, et je n\u2019avais pas vraiment regard\u00e9 le m\u00e9decin. J\u2019avais plut\u00f4t les yeux riv\u00e9s sur mon t\u00e9l\u00e9phone, attendant une r\u00e9ponse de Claire \u00e0 mon invitation \u00e0 souper. C\u2019est alors que je l\u2019ai vu. Ses traits qui se crispaient \u00e0 chaque mouvement, son front moite, sa chevelure \u00e9parse. Il avait maigri.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Je suis dans la m\u00eame situation que vous il y a huit mois. Pour un autre type de cancer. Nos pronostics auront \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rents. Vous \u00eates le dernier patient que je vois. Je cesse ma pratique aujourd\u2019hui. La chimio ne marche pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le t\u00e9l\u00e9phone a sonn\u00e9. Il a r\u00e9pondu, il a hoch\u00e9 de la t\u00eate et il s\u2019est lev\u00e9, pensif.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Une derni\u00e8re signature. Je reviens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avait-il attrap\u00e9 le cancer \u00e0 mon contact? Pens\u00e9e risible, les cancers ne sont pas contagieux. Peut-\u00eatre les \u00e9tats d\u2019esprit qui les sous-tendent le sont-ils? Le corps s\u2019imbiberait alors d\u2019une pens\u00e9e n\u00e9gative et morphog\u00e8ne qui p\u00e9trirait les cellules dans le mauvais sens. J\u2019ai trouv\u00e9 mon raisonnement ridicule. Le m\u00e9decin est revenu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Voil\u00e0. Je viens de finaliser un autre dossier. Vous \u00eates le dernier. Souhaitez-moi bonne chance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il s\u2019est lev\u00e9 et m\u2019a tendu la main. Il \u00e9tait grand. Il me donnait l\u2019impression d\u2019un avion qui a perdu son train d\u2019atterrissage. Tout chez lui criait Mayday, Mayday. Je me suis lev\u00e9. Moi qui ne fais pas trop dans les c\u00e2lins par nature, je l\u2019ai \u00e9treint. J\u2019ai cru percevoir un l\u00e9ger tremblement de ses \u00e9paules. Gentiment, il m\u2019a repouss\u00e9 en d\u00e9signant la porte. En sortant, je l\u2019ai tir\u00e9e doucement derri\u00e8re moi. Mon regard s\u2019est attard\u00e9 sur l\u2019\u00e9criteau portant son nom. D<sup>r<\/sup> Sanschagrin. Il est mort deux mois plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le Grand Nord Les pales de l\u2019h\u00e9licopt\u00e8re soulevaient une poussi\u00e8re jaun\u00e2tre. Le pilote fit les derni\u00e8res lectures des cadrans. 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