{"id":195,"date":"2023-03-17T13:22:48","date_gmt":"2023-03-17T17:22:48","guid":{"rendered":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/?p=195"},"modified":"2023-05-29T14:33:38","modified_gmt":"2023-05-29T18:33:38","slug":"qadesh","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/2023\/03\/17\/qadesh\/","title":{"rendered":"Qadesh"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certaines guerres prennent un temps fou \u00e0 finir.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"598\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2023\/03\/Qadesh-598x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-196\" srcset=\"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2023\/03\/Qadesh-598x1024.jpg 598w, https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2023\/03\/Qadesh-175x300.jpg 175w, https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2023\/03\/Qadesh.jpg 631w\" sizes=\"(max-width: 598px) 100vw, 598px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><sub>Illustration de background_zero<\/sub><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><\/h6>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dans le creux de la nuit, un vent violent tourbillonnait autour de la tente des scribes, \u00e0 l\u2019\u00e9cart de celles des chefs de guerre. Le vent semblait s\u2019\u00eatre concentr\u00e9 autour de cette tente, soulevant d\u2019\u00e9pais voiles de poussi\u00e8re. Un fantassin qui passa tout pr\u00e8s remarqua le curieux ph\u00e9nom\u00e8ne. Il se dit que les dieux devaient \u00eatre en train de livrer aux scribes un enseignement qui devait \u00eatre masqu\u00e9 \u00e0 ceux qui ne pouvaient comprendre.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans la tente, tous dormaient, sauf le jeune Rham qui, \u00e0 la lueur d\u2019une bougie, nettoyait ses calames, v\u00e9rifiait le papyrus dont la qualit\u00e9 avait r\u00e9cemment diminu\u00e9, et prenait de grandes respirations pour calmer son anxi\u00e9t\u00e9. Il avait pour t\u00e2che de prendre des notes qui seraient collig\u00e9es par le grand scribe au Ramesseum pour composer une ode \u00e0 la victoire, d\u00e9j\u00e0 tenue pour acquise, de Rams\u00e8s II. La fatigue gagna le jeune scribe qui rangea son mat\u00e9riel, souffla la m\u00e8che et s\u2019\u00e9tendit sur sa couche. Il \u00e9tait heureux. Enfin, en campagne avec le Grand Roi et ses arm\u00e9es. Oui, il \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 noter les hauts faits d\u2019armes du Roi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le sommeil fut de courte dur\u00e9e. Le soleil \u00e9tait encore sous l\u2019horizon quand les hordes de chars hittites rompirent les flancs des \u00c9gyptiens en attente de renforts venant du sud. Cris des archers sur les chars, hurlements des soldats cribl\u00e9s de fl\u00e8ches. Hennissements des chevaux, fracas, chaos. La bataille de Qadesh venait de commencer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le ma\u00eetre des scribes ouvrit la porte de la tente. Il s\u2019\u00e9croula aussit\u00f4t, transperc\u00e9 de quatre fl\u00e8ches. Bient\u00f4t, une troupe de lanciers et de porte-boucliers \u00e9gyptiens arriva. Ils \u00e9tablirent un p\u00e9rim\u00e8tre autour des scribes sur ordre expr\u00e8s de Rams\u00e8s. Celui-ci tenait \u00e0 ses scribes. Leurs \u00e9crits seraient importants, m\u00eame dans la d\u00e9faite, car les \u00e9crits \u00e9taient toujours perfectibles. Les chars ennemis reflu\u00e8rent un temps pour se diriger vers d\u2019autres cibles. Le r\u00e9pit fut bref. Les Hittites revinrent \u00e0 la charge. L\u2019un d\u2019eux lan\u00e7a une fl\u00e8che enflamm\u00e9e sur la tente qui devint aussit\u00f4t une torche. Les scribes couraient dans tous les sens, tentant de sauver autant de papyrus et de mat\u00e9riel que possible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En surnombre, les Hittites massacr\u00e8rent les \u00c9gyptiens dans cette partie du campement alors qu\u2019ils \u00e9taient repouss\u00e9s ailleurs. Rham, debout avec ses calames et sa liasse de papyrus, savait que c\u2019\u00e9tait la fin. Il pensa \u00e0 sa jeune femme, au m\u00e9tier qu\u2019il aimait, \u00e0 la bienveillance des dieux \u00e0 son endroit. Ces pens\u00e9es dur\u00e8rent une seconde \u00e0 peine, le temps de voir arriver la lourde lance projet\u00e9e avec force dans sa direction. Il la re\u00e7ut sous le plexus solaire. Il tituba, puis fl\u00e9chit les genoux en laissant tomber les calames et les papyrus. Il tendit les mains au ciel. Le sang coulait abondamment. Un char \u00e9gyptien ayant perdu son \u00e9quipage s\u2019approcha de lui. Les chevaux, paniqu\u00e9s, firent une embard\u00e9e. Le char projeta Rham au sol, ce qui ouvrit davantage sa blessure. Il sentit ses forces vives le quitter rapidement. \u00ab&nbsp;Je meurs, \u00f4 Ch\u00e9di bien-aim\u00e9e. Re\u00e7ois mes pens\u00e9es, re\u00e7ois mon c\u0153ur, prends soin de notre fils. Aie de bonnes pens\u00e9es pour les dieux pour qu\u2019ils en aient pour moi. Sache que tu \u00e9tais pour moi\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les combats acharn\u00e9s dur\u00e8rent des heures, une journ\u00e9e, deux journ\u00e9es. Chaque camp revendiqua la victoire. Les jours pass\u00e8rent, les arm\u00e9es retourn\u00e8rent dans leurs contr\u00e9es respectives. Charg\u00e9s de faire le bilan des \u00e2mes perdues, les dieux de la mort tinrent un conciliabule sur le champ de bataille o\u00f9 les charognards avaient entrepris leur t\u00e2che de nettoyage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Il me manque un mort, tonna Thot, le dieu des scribes, il me manque un mort&nbsp;! Les comptes n\u2019y sont pas&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Au moment o\u00f9 les fonctions vitales de Rham \u00e9taient sur le point de s\u2019\u00e9teindre \u00e0 tout jamais, un flux intense d\u2019\u00e9nergie \u00e9mise par une \u00e9toile mourante au fond de la galaxie frappa l\u2019emplacement m\u00eame de son corps avec un flux d\u2019\u00e9nergie noire dont la nature ne serait comprise par les humains que plusieurs mill\u00e9naires plus tard. Ce flux fossilisa jusque dans leurs plus infimes replis le temps et l\u2019espace dans Rham, les congelant en un hologRham contenant l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de l\u2019information du moment. L\u2019intensit\u00e9 de ce flux \u00e9tait telle qu\u2019elle transporta avec elle l\u2019hologRham sous la surface du sol, sous les g\u00e9missements et plaintes des soldats, puis traversa la Terre d\u2019est en ouest. Se d\u00e9tachant du flux d\u2019\u00e9nergie qui continua sa trajectoire vive vers les confins du cosmos, l\u2019hologRham, telle une goutte arrach\u00e9e d\u2019une masse d\u2019eau d\u00e9valant une chute, s\u2019\u00e9choua sur le flanc d\u2019une grande montagne des Andes. Il y subsista pendant plus de trois mill\u00e9naires, dans un microvortex spatio-temporel dont la fragile stabilit\u00e9 fut rompue par le passage d\u2019une exp\u00e9dition d\u2019alpinistes allemands en 1960. Cette boule de vie fig\u00e9e et concentr\u00e9e monta dans l\u2019atmosph\u00e8re. Au gr\u00e9 des courants de haute altitude, elle fit lentement plusieurs fois le tour de la Terre, pour, dix ans plus tard, entrer par la fen\u00eatre ouverte d\u2019une chambre d\u2019un h\u00f4pital de Val-d\u2019Or au moment m\u00eame o\u00f9 Blanche-Maria Jolicoeur accouchait. Elle mourut en couche avec un sourire de b\u00e9atitude qui laissa perplexe le personnel m\u00e9dical. Le nouveau-n\u00e9, Ren\u00e9, \u00e9tant p\u00e9tant de sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les ann\u00e9es pass\u00e8rent. Jolicoeur grandit orphelin, abandonn\u00e9 \u00e0 deux ans par son p\u00e8re qui partit \u00e0 Vancouver vivre son addiction \u00e0 l\u2019h\u00e9ro\u00efne pour mourir d\u2019une surdose quelques ann\u00e9es plus tard. Jolicoeur \u00e9tudia le droit. Ayant sciemment fait le choix professionnel de racheter un peu la vie de son g\u00e9niteur, il travailla pendant des ann\u00e9es pour l\u2019Aide juridique \u00e0 d\u00e9fendre les petits voyous sans envergure, les paum\u00e9s, les \u00e9clop\u00e9s de la vie, ceux qui retombaient toujours dans les m\u00e9andres des tristes attracteurs de la mis\u00e8re. Toutefois, au fil des ans, malgr\u00e9 ses grandes d\u00e9clarations de solidarit\u00e9 et ses \u00e9lans d\u2019empathie, il sentait se creuser un \u00e9cart avec cette strate de l\u2019humanit\u00e9. Sa vie professionnelle ne le comblait plus. Il tenta \u00e0 maintes reprises de quitter l\u2019Aide juridique pour un poste dans un grand cabinet d\u2019avocats de Montr\u00e9al. En vain. Chaque fois, il \u00e9chouait de peu aux examens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ses insucc\u00e8s n\u2019aid\u00e8rent pas sa relation avec Lyne, une v\u00e9t\u00e9rinaire qui s\u2019\u00e9tait donn\u00e9 pour mission de vie de sauver les chiens d\u00e9laiss\u00e9s, en particulier les p\u00e9kinois, pour lesquels elle avait une affection inusit\u00e9e. Entre un mari d\u00e9faitiste et veule (dans les mots de Lyne) et un appel re\u00e7u \u00e0 deux heures du matin pour sauver un pauvre petit p\u00e9kinois abandonn\u00e9 sur le boulevard de l\u2019Acadie au nord de la ville, elle pr\u00e9f\u00e9rait, de loin, le p\u00e9kinois. Le jour des trente ans de Jolicoeur, Lyne le quitta. Ils ne se revirent plus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ses relations \u00e9pisodiques prenaient toujours fin sur le constat mutuel d\u2019un manque de convergence. On finissait par lui dire quelque chose du genre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu cherches trop, Ren\u00e9. Je ne sais pas ce que tu cherches, mais tu cherches, tu cherches, \u00e7a consume ta pens\u00e9e, ton c\u0153ur. Je suis l\u00e0, devant toi, mais tu ne me vois pas. Je ne suis plus capable. Adieu.&nbsp;\u00bb Pour \u00e7a, oui, il cherchait, il cherchait et ne savait pas quoi. D\u2019aussi longtemps qu\u2019il se rappelait, il tra\u00eenait en lui le sentiment diffus et tenace d\u2019\u00eatre inadapt\u00e9. Une inadaptation \u00e0 quoi, \u00e0 qui, il ne le savait pas\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Au travail, il avait perdu de son efficacit\u00e9. On lui confiait moins de mandats au tribunal et plus de paperasserie administrative au bureau. \u00c0 l\u2019approche de la quarantaine, l\u2019avenir ne semblait plus rien vouloir lui offrir. Il d\u00e9cida alors de d\u00e9missionner pour accepter un poste de traducteur juridique dans un cabinet, un de ceux justement o\u00f9 il n\u2019avait pu entrer \u00e0 titre d\u2019avocat pratiquant. Mais il y entrait, bien que ce fut par la porte arri\u00e8re. Il faisait son travail, qu\u2019il appelait une \u00ab&nbsp;p\u2019tite job de scribe&nbsp;\u00bb, avec l\u2019enthousiasme d\u2019un koala d\u00e9prim\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un vendredi soir, accoud\u00e9 seul \u00e0 un bar de la rue Crescent devant un whiskey auquel il ne touchait m\u00eame pas, il \u00e9tait totalement d\u00e9tach\u00e9 de l\u2019ambiance festive et insouciante autour de lui. Il rab\u00e2chait le m\u00eame mouron depuis des semaines. \u00ab&nbsp;Oui, Lyne avait bien raison&nbsp;: je suis d\u00e9faitiste, veule.&nbsp;\u00bb Il marmonnait \u00e0 voix basse, bien enfonc\u00e9 sous le bruit ambiant. Le barman fron\u00e7ait les sourcils. Manifestement, il venait de pr\u00e9senter un \u00e9ni\u00e8me whiskey \u00e0 un looser. Des loosers, il en avait d\u00e9j\u00e0 assez dans son \u00e9tablissement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une fille mit la main sur l\u2019\u00e9paule de Jolicoeur. Il se retourna. Hyper maquill\u00e9e, lourdement perruqu\u00e9e, parfum manifestement achet\u00e9 au litre chez Dollarama, elle se pencha \u00e0 l\u2019oreille de Jolicoeur et lui susurra quelques mots. Jolicoeur fit non de la t\u00eate. La fille et le barman \u00e9chang\u00e8rent un regard puis celui-ci haussa les \u00e9paules. Jolicoeur savait que l\u2019endroit \u00e9tait un <em>meat market<\/em>, une place \u00e0 drague bon march\u00e9. Il s\u2019en foutait totalement. Il prit une gorg\u00e9e de whiskey, fit lentement tourner le liquide dans sa bouche puis cala le reste du verre et sortit. Il alluma une cigarette et demeura un temps sur le trottoir, un peu bouscul\u00e9 par la cohue qui avait \u00e9clos sur les trottoirs par une si une belle soir\u00e9e. Il avait chaud, il \u00e9tait temps de rentrer. Il avait \u00e0 peine fait quelques m\u00e8tres quand il entendit des pas pr\u00e9cipit\u00e9s derri\u00e8re lui. C\u2019\u00e9tait la fille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2013H\u00e9, h\u00e9, attends. J\u2019te connais, to\u00e9. T\u2019es pas avocat&nbsp;&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2013Heu\u2026 oui&#8230; Comment tu sais&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2013T\u2019as d\u00e9fendu mon fr\u00e8re, il y a quatre ans. Jimmy a eu seulement trois mois de t\u00f4le. Gr\u00e2ce \u00e0 to\u00e9. Sinon, c\u2019\u00e9tait trois ans, quatre ans, fiou, comme \u00e7a&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il se rappela le dossier Jimmy, un petit pusher mal embouch\u00e9. Il ne pouvait pas dire deux mots sans ajouter \u00ab&nbsp;t\u2019s\u00e9, fuck, man&nbsp;\u00bb. Les deux march\u00e8rent un peu. Elle avait manifestement le go\u00fbt de parler. Elle lui dit son nom. Louise Vadeboncoeur. Jolicoeur en eut le souffle coup\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2013C\u2019est ton vrai nom, \u00e7a&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2013Ben, oui. Mo\u00e9, j\u2019ai rien \u00e0 cacher, j\u2019suis pas avocate.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2013Moi, c\u2019est Ren\u00e9 Jolicoeur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Elle stoppa net et le regarda avec de grands yeux \u00e9tonn\u00e9s. \u00ab&nbsp;Ben \u00e7a, ben \u00e7a\u2026&nbsp;\u00bb. Elle rit en battant rapidement des cils, dont la longueur excessive donnait l\u2019impression que des colibris voletaient devant son visage. Il lui proposa un verre, un caf\u00e9, un th\u00e9, un jus, un verre d\u2019eau, un drink quoi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C\u2019est devant une tisane qu\u2019elle lui raconta sa vie, une variante banale de ce qu\u2019il avait entendu maintes fois de la bouche de ses clients pendant une quinzaine d\u2019ann\u00e9es. Elle travaillait en ind\u00e9pendante, sans prox\u00e9n\u00e8te. D\u2019habitude, elle ne faisait pas les bars, car elle recevait dans son studio, o\u00f9 elle avait ses clients r\u00e9guliers. Mais parfois, \u00e7a lui prenait, cette envie de se colleter \u00e0 une foule compacte, \u00e0 un grouillement humide, comme ce soir-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2013\u00c0 ton tour. T\u2019es qui&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il lui raconta sa vie, ses longues ann\u00e9es d\u2019orphelin en Abitibi, dans une maison coll\u00e9e aux vastes for\u00eats de conif\u00e8res peupl\u00e9es de moustiques l\u2019\u00e9t\u00e9, de fant\u00f4mes l\u2019hiver, des d\u00e9serts d\u2019\u00e9pinettes menant \u00e0 la baie James, \u00e0 la baie d\u2019Hudson, au bout du monde. Il lui raconta qu\u2019il avait l\u2019impression de n\u2019\u00eatre jamais au bon endroit au bon moment. Puis, sa r\u00e9cente r\u00e9orientation de carri\u00e8re. \u00ab&nbsp;Pas folichon, mais bon, \u00e7a paye le tofu et ces autres trucs bio&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2013Toi, t\u2019es dans ta t\u00eate tout le temps, hein&nbsp;? Il fait bon ce soir, t\u2019as pas le go\u00fbt de marcher un peu&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ils atteignirent la rue Sherbrooke. Devant le Mus\u00e9e des Beaux\u2013Arts, une immense banderole annon\u00e7ait la tenue prochaine d\u2019une exposition sur Rams\u00e8s II et son \u00e9poque. Ils pass\u00e8rent devant un h\u00f4tel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2013Hey, on fais-tu comme si t\u2019es mon chum, pis-mo\u00e9 pis to\u00e9, ta blonde, pour une nuit&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2013\u00c9coute, \u00e7a ne m\u2019int\u00e9resse pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2013W\u00f4, les nerfs\u2026 J\u2019te prends pas comme client, j\u2019te prends comme copain d\u2019un soir. Pis on paie la chambre moiti\u00e9-moiti\u00e9, <em>fair&nbsp;?<\/em> Allez, mon gros, dis oui. Oh, regarde, la lune qui sort des nuages. Quand j\u2019\u00e9tais p\u2019tite, je capotais sur la lune.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Elle lui avait pris la main. Main menue de Louise dans la grosse main pataude de Ren\u00e9. Dix minutes plus tard, ils entraient dans la chambre. Il s\u2019assit sur le rebord du lit, elle dans le fauteuil deux m\u00e8tres devant. Elle souriait gentiment de sa g\u00eane \u00e0 lui. Il finit par se secouer un peu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2013Tu sais quel est le deuxi\u00e8me plus vieux m\u00e9tier du monde&nbsp;? Les traducteurs, pour traduire les n\u00e9gociations de tarifs entre les filles et les clients.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2013Macho de mon cul&nbsp;! dit Louise en se levant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Elle d\u00e9grafa sa jupe en oscillant le bassin pour la faire tomber sur le tapis. Elle continua de se d\u00e9shabiller avec une petite moue provocante. \u00ab&nbsp;J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 danseuse&nbsp;\u00bb, dit-elle. Elle virevolta sur elle-m\u00eame, ballerine de quatre sous.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2013Tu vois, j\u2019ai pas d\u2019tatous.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il remarqua des lac\u00e9rations au bas du dos.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2013C\u2019est quoi \u00e7a&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2013Oh, j\u2019suis tomb\u00e9 sur un type, un jour\u2026 Ah, laisse faire, j\u2019veux pas g\u00e2cher mon petit moment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ils firent l\u2019amour sans presse, avec une tendresse qui les surprit tous deux. Il s\u2019\u00e9tonnait de la chaleur de son corps, elle s\u2019\u00e9tonnait de la douceur de sa peau. \u00ab&nbsp;Les gars de ton type, d\u2019habitude, ils ont la peau r\u00eache.&nbsp;\u00bb Ils se caress\u00e8rent longuement le visage. Ni l\u2019un ni l\u2019autre ne s\u2019\u00e9tait attendu \u00e0 se retrouver dans cette situation, dans cette intimit\u00e9 simple et imm\u00e9diate qui \u00e9chappe \u00e0 certains couples leur vie durant. Ils \u00e9taient hors zone, au-del\u00e0 de leurs fronti\u00e8res respectives \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur desquelles m\u00eame si les choses sont bancales, on sait au moins de quoi il en retourne. Elle parla longuement de la lune, de ses phases qui correspondaient \u00e0 ses humeurs, des lunes bleues, des lunes de sang.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;J\u2019connais pas grand-chose, mais la lune, j\u2019connais&#8230;&nbsp;\u00bb Puis elle s\u2019endormit. Il continua \u00e0 l\u2019observer. Son souffle \u00e9tait r\u00e9gulier, son visage \u00e9clair\u00e9 par le rai de lumi\u00e8re des phares d\u2019une grue sur un chantier face \u00e0 l\u2019h\u00f4tel. Elle avait des traits encore enfantins derri\u00e8re le lourd appareil du maquillage. Grain de beaut\u00e9 entre les seins, cicatrice au-dessus de l\u2019\u0153il gauche, m\u00e2choire volontaire, petit nez busqu\u00e9. Il tenta d\u2019imaginer ce qu\u2019avait \u00e9t\u00e9 sa vie. Il finit par s\u2019endormir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La lune ne cessait de jouer avec les nuages et un vent venu de la mer p\u00e9n\u00e9trait loin dans les terres, temp\u00e9rant la chaleur des derniers jours. Il \u00e9tait fourbu, ayant d\u00fb remplacer au pied lev\u00e9 un coll\u00e8gue malade pour comptabiliser les moissons de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du fleuve. Sa femme l\u2019attendait avec un repas frugal de dattes, de mouton s\u00e9ch\u00e9, d\u2019oignons. Pendant qu\u2019il mangeait, elle lui lava le corps. Elle s\u2019\u00e9tait faite belle, elle sentait la rose. Elle \u00e9tait en d\u00e9sir, lui \u00e9tait fatigu\u00e9. Il ne voulait que dormir. Elle insista, il se leva. Il s\u2019approcha d\u2019elle et la regarda longuement. Elle lui prit la main et la d\u00e9posa sur son ventre. \u00ab&nbsp;Il s\u2019en vient, l\u2019enfant voulu. Les dieux ont entendu nos pri\u00e8res. Ils les ont exauc\u00e9es.&nbsp;\u00bb La joie du jeune scribe annihila sa fatigue. Il saisit \u00e0 bras le corps Ch\u00e9di et l\u2019amena \u00e0 l\u2019\u00e9tage sur leur couche, dans la chambre dont la fen\u00eatre \u00e9troite en hauteur laissait passer la lumi\u00e8re vive de la lune pleine, enfin d\u00e9barrass\u00e9e des nuages. Le vent du nord aussi s\u2019y engouffrait. Je sens la mer, lui dit-il. O\u00f9 est la mer&nbsp;? demanda-t-elle. Au-del\u00e0 des pyramides, \u00e0 l\u2019autre bout du monde, oui, \u00e0 l\u2019autre bout du monde. Il h\u00e9sita un instant. Y a-t-il r\u00e9ellement un bout du monde&nbsp;?, se demanda-t-il. Il secoua la t\u00eate. \u00ab&nbsp;Je pense trop.&nbsp;\u00bb Il se pencha vers elle. Elle le regardait, aimante. Il lui caressa lentement le visage \u2013 sa cicatrice au-dessus de l\u2019\u0153il, sa m\u00e2choire volontaire, son nez aquilin\u2026 Elle \u00e9tait belle. Au moment o\u00f9, pleine de d\u00e9sir, elle l\u2019attirait \u00e0 elle, quelqu\u2019un lui tapa sur l\u2019\u00e9paule. C\u2019\u00e9tait le barman de la rue Crescent. \u00ab&nbsp;H\u00e9, on ferme l\u2019ami.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quand il se r\u00e9veilla, Louise \u00e9tait partie. Elle avait laiss\u00e9 un petit mot sur la cafeti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Mersi. T\u2019a \u00e9t\u00e9 jentil.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il tenta de la retrouver. Le lendemain soir, il retourna au bar et interrogea le barman. \u00ab&nbsp;T\u2019es de la police&nbsp;?&nbsp;\u00bb Il lui raconta son histoire avec Louise. \u00ab&nbsp;Elle t\u2019a donn\u00e9 son vrai nom&nbsp;? \u00c7a c\u2019est curieux. D\u2019habitude, elles s\u2019appellent toutes Kathy ou Cynthia. Elles n\u2019en disent pas plus. Elle, je l\u2019ai vue seulement deux ou trois fois. Discr\u00e8te, malgr\u00e9 son parfum cheap. D\u00e9sol\u00e9, j\u2019peux pas t\u2019aider, mon chum.&nbsp;\u00bb Il tenta de la retracer sur les sites sp\u00e9cialis\u00e9s de l\u2019Internet. Il fut bien \u00e9tonn\u00e9 de voir l\u2019ampleur de l\u2019offre de services intimes, escortes et autres, avec, de fait, une pl\u00e9thore de Kathy, Cynthia, Charl\u00e8ne. Les nuits suivantes, il fit le m\u00eame r\u00eave. Il se r\u00e9veillait chaque fois avec l\u2019espoir idiot de la voir dormir \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Le soir, il retournait au bar. \u00ab&nbsp;Attention, tu vas finir comme lui, dit le barman en d\u00e9signant un quinqua attabl\u00e9 seul au fond du bar. \u00c7a fait trois ans qu\u2019il attend. Une fille d\u2019une nuit dont il est devenu amoureux fou. Il vient deux ou trois fois par semaine, toujours gin soda. Il scrute, il observe, il d\u00e9visage. Triste et path\u00e9tique.&nbsp;\u00bb Jolicoeur continua ce man\u00e8ge pendant deux semaines puis cessa de fr\u00e9quenter le bar. Ses r\u00eaves continu\u00e8rent, quoique moins fr\u00e9quents et intenses. N\u00e9anmoins, un curieux sentiment de d\u00e9j\u00e0-vu l\u2019habitait. Il pensa moins \u00e0 Louise. Mais aux moments les plus incongrus \u2013 devant un guichet bancaire, devant le rayon des poissons ou en train d\u2019essayer une nouvelle paire de chaussures \u2013 sa gentillesse lui revenait. Une gentillesse simple, r\u00e9elle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Deux mois plus tard, il alla au Mus\u00e9e avec Mary, une jeune coll\u00e8gue passionn\u00e9e par l\u2019Antiquit\u00e9. L\u2019exposition sur Rams\u00e8s \u00e9tait un succ\u00e8s. Les visiteurs se massaient devant les bustes, les st\u00e8les, les fragments de bas-reliefs, ou devant la momie v\u00e9ritable d\u2019une princesse prot\u00e9g\u00e9e des parfums, des a\u00e9rosols et de l\u2019air expir\u00e9 des visiteurs par une cage en verre \u00e0 atmosph\u00e8re contr\u00f4l\u00e9e. La section sur les arts attirait Mary, notamment la sous-section traitant de l\u2019\u00e9rotisme chez les \u00c9gyptiens, alors que celle sur la guerre int\u00e9ressait Jolicoeur. Ils convinrent de se retrouver \u00e0 la sortie une heure plus tard. La bataille de Qadesh \u00e9tait bien s\u00fbr \u00e0 l\u2019honneur dans la section guerri\u00e8re de l\u2019exposition. Il eut un choc d\u00e8s qu\u2019il franchit l\u2019entr\u00e9e donnant, \u00e0 la droite, sur une reproduction de la tente de Rams\u00e8s et des g\u00e9n\u00e9raux. \u00c0 la gauche, une reproduction grandeur nature de deux chars, l\u2019un \u00e9gyptien, l\u00e9ger et richement d\u00e9cor\u00e9, l\u2019autre hittite, lourd et fait pour \u00e9craser. Tout cela \u00e9tait\u2026 tellement familier. Il avan\u00e7ait parmi les pi\u00e8ces d\u2019exposition dans un \u00e9tat d\u2019extr\u00eame confusion. Le sentiment de d\u00e9j\u00e0-vu qui l\u2019habitait depuis sa nuit avec Louise \u00e9tait revenu, intense. Stup\u00e9fait, il cessa de marcher et demeura l\u00e0 fig\u00e9, plant\u00e9 parmi le flux des visiteurs. Une gardienne du Mus\u00e9e dut par trois fois lui demander de circuler. Il n\u2019avait jamais vraiment lu sur l\u2019\u00c9gypte ancienne, seul le Moyen-\u00c2ge ayant suscit\u00e9 chez lui un int\u00e9r\u00eat timide pour l\u2019histoire. Il d\u00e9ambula ainsi dans un \u00e9tat quasi hypnotique entre les diff\u00e9rentes aires d\u2019exposition. Ici, les tactiques, les grandes victoires. L\u00e0, les mauvaises d\u00e9cisions, les d\u00e9faites p\u00e9nibles. Plus loin, les armes des soldats \u2013 lances, javelots, kh\u00e9pesh, arcs, boucliers, \u00e9p\u00e9es dans toutes leurs d\u00e9clinaisons. Il revint aux chars en d\u00e9but d\u2019exposition. Fermant les yeux, il tenta de les imaginer tir\u00e9s par des chevaux. Le silence se fit dans sa t\u00eate. Un silence curieux. Il m\u00e9ditait chaque jour depuis un certain temps et parvenait sans probl\u00e8me \u00e0 faire le vide mental. Mais ce silence \u00e9tait d\u2019une autre nature. Toutes ses pens\u00e9es habituelles avaient \u00e9t\u00e9 aspir\u00e9es hors de son cerveau, remplac\u00e9es par des nouvelles, improbables, qui n\u2019\u00e9taient pas les siennes. Il \u00e9tait dans la bataille, il la voyait, il la vivait par des yeux qui n\u2019\u00e9taient pas les siens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C\u2019\u00e9tait ceux du jeune scribe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2013Ren\u00e9, Ren\u00e9, \u00e7a va&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mary lui tenait l\u2019\u00e9paule. Il \u00e9tait agenouill\u00e9, sci\u00e9 de douleur. Sa t\u00eate voulait exploser et son ventre semblait d\u00e9chir\u00e9. Les visiteurs s\u2019\u00e9cart\u00e8rent en murmurant. L\u2019agente de s\u00e9curit\u00e9 qui l\u2019avait rabrou\u00e9 plus t\u00f4t accourra, walkie-talkie \u00e0 la main. \u00ab&nbsp;OK, OK, il se rel\u00e8ve. Ouais, un bizarre, ce type, je l\u2019observe depuis un temps. OK, il s\u2019en va avec sa copine.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il s\u2019appuya sur Mary, s\u2019arr\u00eatant aux cinq m\u00e8tres pour reprendre son souffle. Une violente migraine l\u2019emp\u00eacha de prendre le volant. Mary l\u2019amena chez lui et dut l\u2019aider \u00e0 monter les escaliers. Au moment o\u00f9 il la remerciait, les genoux c\u00e9d\u00e8rent de nouveau. Il \u00e9tait pli\u00e9 par la douleur. Malgr\u00e9 son refus, elle prit sur elle de l\u2019amener \u00e0 l\u2019urgence o\u00f9 on diagnostiqua une d\u00e9chirure musculaire aux abdominaux. Rien de catastrophique, juste de quoi rendre p\u00e9nibles et douloureux tous les petits gestes usuels. Le m\u00e9decin lui prescrit quelques jours de repos forc\u00e9 qui l\u2019oblig\u00e8rent \u00e0 annuler un voyage de p\u00eache dans le nord avec des copains. Mary le ramena chez lui et l\u2019installa sur le sofa du salon. Elle ne put s\u2019emp\u00eacher de constater l\u2019\u00e9tat des lieux. \u00ab&nbsp;Dieu que \u00e7a sent le vieux c\u00e9libataire\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C\u2019est avec r\u00e9ticence qu\u2019il la vit s\u2019amener, le samedi matin suivant, avec du mat\u00e9riel de nettoyage et son sourire in\u00e9branlable. Il tenta bien de l\u2019aider, mais devait s\u2019assoir toutes les cinq minutes \u00e0 cause des douleurs. Il dut se r\u00e9soudre \u00e0 passer le week-end \u00e0 regarder les sports \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 et \u00e0 lire sur l\u2019\u00c9gypte. Mary lui avait apport\u00e9 une pile de bouquins de la biblioth\u00e8que. Il resta longtemps songeur devant une photographie de la c\u00e9l\u00e8bre statue du Scribe accroupi. Il se rappela qu\u2019elle \u00e9tait \u00e0 l\u2019exposition. Il n\u2019avait pas eu l\u2019occasion de la voir en raison de l\u2019incident Qadesh. L\u2019exposition venait de se terminer. La rarissime statue avait \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9e au Louvre. Il sut gr\u00e9 \u00e0 Mary de ne pas avoir trop vouloir en faire, tant dans le nettoyage de son appartement que dans les soins \u00e0 lui prodiguer. Cet \u00e9v\u00e9nement les rapprocha. Malgr\u00e9 leur diff\u00e9rence d\u2019\u00e2ge \u2013 une quinzaine d\u2019ann\u00e9es \u2013, il entama une relation avec Mary, qui l\u2019accepta avec ses questionnements, ses absences. Il n\u2019y avait pas n\u00e9cessairement un grand faisceau de connivences entre les deux ni de passion qui aurait pu agr\u00e9menter les nuits de pluie. Il y avait tout simplement une facilit\u00e9 \u00e0 vivre, surtout de la part de Mary, peu demandante. \u00ab&nbsp;Sois-moi fid\u00e8le, fais-moi l\u2019amour souvent, c\u2019est tout.&nbsp;\u00bb Oui, bien s\u00fbr, m\u00eame si de temps \u00e0 autre, il passait au bar de la rue Crescent. Juste au cas o\u00f9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les mois s\u2019\u00e9gren\u00e8rent, puis une, et deux ann\u00e9es. Ils emm\u00e9nag\u00e8rent ensemble. Il ne tentait plus de retrouver Louise. Ses r\u00eaves s\u2019\u00e9taient estomp\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 dispara\u00eetre. Mary quitta son poste pour reprendre ses \u00e9tudes en biochimie. Un h\u00e9ritage venait de lui permettre de poursuivre son r\u00eave. Jolicoeur d\u00e9clina une invitation \u00e0 postuler pour une job d\u2019avocat au sein de son cabinet pour enfin y entrer par la grande porte. Il avait chang\u00e9 d\u2019id\u00e9e au sujet de son m\u00e9tier. Pour la premi\u00e8re fois de sa vie, il \u00e9prouvait un contentement simple, d\u00e9pourvu de questionnements et d\u2019insatisfaction. Il ne se posait plus sans fin ces questions dont il pressentait l\u2019absence de r\u00e9ponses. Il pensait souvent au scribe accroupi. Il se murmurait alors en apart\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Salut, le coll\u00e8gue. Oui, il y a des familles, celle des musiciens, des soldats, des prostitu\u00e9es, des bourreaux. Nous, nous faisons partie de celle des scribes\u2026&nbsp;\u00bb Quelque chose avait d\u00e9crisp\u00e9 chez lui. Il s\u2019\u00e9tait mis aux danses latines avec Mary. Le passage des heures \u00e9tait devenu plus supportable. Puis, Mary tomba enceinte. \u00c0 quarante-cinq ans, il se pensait trop vieux pour devenir p\u00e8re. Mary eut t\u00f4t fait de lui secouer les puces. L\u2019id\u00e9e de la paternit\u00e9 faisait son chemin dans son esprit. De plus, il avait acquis depuis peu la certitude d\u2019\u00eatre enfin sorti de ses circuits r\u00e9p\u00e9titifs et \u00e9puisants de questionnements incessants. Il se sentait un homme nouveau. Il reconnaissait \u00e0 Mary le m\u00e9rite d\u2019avoir permis cette\u2026 il h\u00e9sitait sur le mot\u2026 transformation, \u00e9volution, d\u00e9couverte de soi\u2026 Non, il ne trouvait pas le mot juste, lui qui \u00e9tait pourtant un sp\u00e9cialiste des mots. En fait, s\u2019il avait une grande connaissance du vocabulaire juridique dans plusieurs langues, les mots qui touchaient les sentiments, la vie int\u00e9rieure, l\u2019\u00e2me, toutes ces choses, ne lui venaient pas ais\u00e9ment. M\u00eame dans ses pens\u00e9es, ils les \u00e9vitaient.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un soir d\u2019automne, Mary \u00e9tait arriv\u00e9e de l\u2019universit\u00e9 de bonne humeur. Ses travaux de doctorat avan\u00e7aient rapidement et la soutenance de th\u00e8se serait m\u00eame devanc\u00e9e. Ils soup\u00e8rent gaiement. Henri, deux ans, venait de d\u00e9couvrir le brocoli et il en raffolait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Coli\u2026 coli\u2026&nbsp;\u00bb disait-il en tendant les deux mains. En lavant la vaisselle, Jolicoeur aper\u00e7ut son reflet dans la vitre embu\u00e9e. Il ne put s\u2019emp\u00eacher de sourire. Lorsque le petit fut couch\u00e9, Mary s\u2019installa devant son ordi pour \u00e9tudier les r\u00e9sultats de ses essais de mutation chromosomique \u2013 elle travaillait sur les effets g\u00e9notoxiques de certains pesticides. Jolicoeur sortit faire une promenade. Le quartier \u00e9tait calme, l\u2019air avait cette douceur, un murmure de bienfaisance. Les passants se croisaient, se saluaient. Le ciel, qui avait \u00e9t\u00e9 bouch\u00e9 toute la journ\u00e9e, se d\u00e9lesta en quelques minutes de ses nuages bas sous l\u2019effet d\u2019un vent d\u2019ouest. La pleine lune prit possession du ciel. Aussi rapidement que les nuages s\u2019\u00e9taient dissip\u00e9s, le souvenir de Louise, assoupi depuis plusieurs ann\u00e9es, remonta \u00e0 sa conscience. Il en fut boulevers\u00e9. Une demi-heure auparavant, il \u00e9tait heureux, les choses \u00e9taient simples, et voil\u00e0 que tout semblait redevenir compliqu\u00e9. Quand il revint, Mary lui trouva un air \u00e9trange. Elle lui demanda ce qui se passait. \u00ab&nbsp;Tu sais, ma blessure du mus\u00e9e, j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019elle s\u2019est rouverte.&nbsp;\u00bb Il ne mentait pas. Il prit Mary dans ses bras et enfouit son visage dans son \u00e9paule. Il ne voulait pas lui montrer son visage, ses larmes. \u00ab&nbsp;Je vais prendre la chambre d\u2019ami, sinon tu ne dormiras pas avec mes g\u00e9missements.&nbsp;\u00bb Les r\u00eaves revinrent, comme il s\u2019y attendait. Ces images intenses de nuit d\u2019amour dans une humble mansarde dans le quartier des scribes\u2026 les bruits \u00e9touff\u00e9s au loin, la peau luisante de sueur de Ch\u00e9di, ses soupirs qui se fusionnaient avec le vent d\u2019ouest en lentes spirales orgasmiques au-dessus des sables d\u2019\u00c9gypte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019automne passa, l\u2019hiver s\u2019installa, un froid aussi dans leur relation. Chaque fois qu\u2019il prenait la taille de Mary au cours de salsa, il pensait \u00e0 Louise ou \u00e0 l\u2019\u00c9gypte. Elle le trouvait aussi moins pr\u00e9sent au lit. \u00ab&nbsp;On dirait que tu n\u2019es pas l\u00e0. Que se passe-t-il&nbsp;?&nbsp;\u00bb Il marmonnait de vagues excuses. Les choses en rest\u00e8rent l\u00e0, car les travaux de Mary avaient pris un virage inattendu. Elle avait d\u00e9couvert un m\u00e9canisme de g\u00e9notoxicit\u00e9 inconnu, ce qui ouvrait de nouvelles avenues \u00e0 sa carri\u00e8re. Cela lui demanderait beaucoup de travail. Quant \u00e0 lui, il avait finalement d\u00e9cid\u00e9 de reprendre sa carri\u00e8re d\u2019avocat. Il fallait de nouveau potasser les codes de loi, se mettre au parfum des nouvelles proc\u00e9dures juridiques. Un projet de deux ans. \u00ab&nbsp;Ne m\u2019en veux pas, l\u2019ami scribe, <em>that\u2019s life<\/em>&nbsp;\u00bb, pensa-t-il \u00e0 l\u2019intention du scribe accroupi. D\u00e8s lors, la relation entre Mary et Jolicoeur en devint davantage une d\u2019\u00e9tudiants colocataires que de couple, avec comme trait d\u2019union un gamin approchant les quatre ans. Au fond, cela les arrangeait, chacun y trouvant son contentement. L\u2019automne passa, l\u2019hiver passa.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C\u2019\u00e9tait le d\u00e9but de mai. Il sortit du travail sur l\u2019heure du d\u00eener pour profiter d\u2019une premi\u00e8re journ\u00e9e chaude et ensoleill\u00e9e. Il \u00e9tait heureux sans raison autre que de sentir la lumi\u00e8re du soleil sur son visage, la solidit\u00e9 du trottoir sous ses semelles, le fleuve fraternel des passants autour de lui, ces passants dont il ignorait tout, mais dont il sentait profond\u00e9ment la proximit\u00e9 au-del\u00e0 des \u00e2ges, des sexes, des histoires personnelles. Oui, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, la vie avait enfin \u00e9t\u00e9 bonne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le t\u00e9l\u00e9phone sonna au fond de sa poche. Au moment m\u00eame o\u00f9 il l\u2019ouvrit, il y eut une explosion assourdissante \u00e0 une centaine de m\u00e8tres devant lui. Ren\u00e9 Jolicoeur n\u2019eut que le temps de lever la t\u00eate. Un fragment de capot d\u2019automobile tournoyait vivement dans l\u2019air dans sa direction. Percut\u00e9 en plein ventre, il tituba, fl\u00e9chit les genoux en laissant tomber le t\u00e9l\u00e9phone, les mains tendues vers le ciel. Le sang coulait abondamment. \u00ab&nbsp;Mary, Henri, je vous aime.&nbsp;\u00bb Sa derni\u00e8re pens\u00e9e alla toutefois \u00e0 Louise. \u00ab&nbsp;Bonne chance, o\u00f9 que tu sois\u2026&nbsp;\u00bb Avec le dernier souffle de Ren\u00e9 Jolicoeur prit d\u00e9finitivement fin la bataille de Qadesh. Thot put enfin fermer les livres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Certaines guerres prennent un temps fou \u00e0 finir.<\/p>\n","protected":false},"author":28,"featured_media":196,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_crdt_document":"","disable_featured_image":true,"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[5,6],"taxon-du-petit-parc":[],"class_list":["post-195","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nouvelle","tag-nouvelle","tag-pierre"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/195","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-json\/wp\/v2\/users\/28"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=195"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/195\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":256,"href":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/195\/revisions\/256"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-json\/wp\/v2\/media\/196"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=195"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=195"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=195"},{"taxonomy":"taxon-du-petit-parc","embeddable":true,"href":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-json\/wp\/v2\/taxon-du-petit-parc?post=195"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}