{"id":180,"date":"2023-03-15T20:41:10","date_gmt":"2023-03-16T00:41:10","guid":{"rendered":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/?p=180"},"modified":"2023-06-01T10:07:25","modified_gmt":"2023-06-01T14:07:25","slug":"capitaine-o-capitaine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/2023\/03\/15\/capitaine-o-capitaine\/","title":{"rendered":"Capitaine, \u00f4 capitaine"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mer des Sargasses est devenue num\u00e9rique.<\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><\/h6>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2023\/03\/Capitaine-1-598x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-182\" width=\"673\" height=\"1152\" srcset=\"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2023\/03\/Capitaine-1-598x1024.jpg 598w, https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2023\/03\/Capitaine-1-175x300.jpg 175w, https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-content\/uploads\/sites\/32\/2023\/03\/Capitaine-1.jpg 631w\" sizes=\"(max-width: 673px) 100vw, 673px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><sub>Illustration de background_zero<\/sub><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je venais de passer deux heures devant un \u00e9cran vide, incapable de coder quoi que ce soit. En fait, je s\u00e9chais depuis plusieurs semaines. J\u2019ai ferm\u00e9 mon portable, l\u2019ai enfoui dans mon sac, pris ma veste et me suis dirig\u00e9 vers <em>La mer des Sargasses<\/em>, un bar pr\u00e8s de chez moi que j\u2019aimais fr\u00e9quenter. J\u2019y suis arriv\u00e9 sur le coup des dix heures, juste avant l\u2019orage. D\u00e8s que je suis entr\u00e9, le ciel s\u2019est mis \u00e0 d\u00e9verser le contenu de ses tripes sur la ville.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Attabl\u00e9 seul dans le coin que je pr\u00e9f\u00e9rais, j\u2019avais la meilleure vue sur tout l\u2019endroit, fr\u00e9quent\u00e9 seulement par des r\u00e9guliers, pour l\u2019essentiel des hackers comme moi. Je tentais de mettre de l\u2019ordre dans mes id\u00e9es. Le bar offrait la connexion la plus s\u00fbre en ville. Nous savions tous que les communications entrantes et sortantes \u00e9taient scrut\u00e9es \u00e0 la loupe par \u00e0 peu pr\u00e8s tout ce que l\u2019univers comptait de flicaille. C\u2019est ce que nous voulions, car il \u00e9tait alors facile de les envoyer pa\u00eetre dans les culs-de-sac et les abysses du Darker Web, ce qui nous permettait de vaquer tranquillement \u00e0 nos\u2026 loisirs. Je jouissais d\u2019une r\u00e9putation dans ce domaine, surtout dans le Void, le mythique Web encore plus creux que le Darkest Web, o\u00f9 tout \u00e9tait possible, o\u00f9 se risquer aveugl\u00e9ment \u00e9tait dangereux. De temps \u00e0 autre, un de mes coll\u00e8gues venait me rejoindre \u00e0 ma table. On discutait boutique. Mais ce soir-l\u00e0, j\u2019avais fait savoir \u00e0 Grigor, le patron des lieux, que je ne voulais pas \u00eatre d\u00e9rang\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La pluie tambourinait sur les fen\u00eatres du bar avec f\u00e9rocit\u00e9. Je fixais mon portable encore \u00e9teint, mon <em>rhum con hielo<\/em>, ma bi\u00e8re, mes flacons de m\u00e9dicaments. M\u00e9lange vraiment pas recommand\u00e9, mais c\u2019est ce que j\u2019aimais faire quand je codais&nbsp;: des trucs pas recommand\u00e9s. Les r\u00e9sultats \u00e9taient souvent surprenants. \u00c7a m\u2019avait permis de creuser loin dans les franges n\u00e9buleuses et \u00e9tranges des bas-fonds al\u00e9atoires du sous-Web. C\u2019\u00e9tait mon c\u00f4t\u00e9 casse-cou. Mais, maintenant, ma magie paraissait s\u2019\u00eatre \u00e9puis\u00e9e. <em>You\u2019re loosing your mojo<\/em>, m\u2019avait lanc\u00e9 Grigor quelques jours plus t\u00f4t quand je lui avais racont\u00e9 mes d\u00e9boires r\u00e9cents. Je pensais m\u00eame aller consulter pour \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J\u2019avais ces r\u00eaves, chaque nuit, depuis des mois&nbsp;: un homme me toisait, rempli de hargne. Il me demandait quelque chose. Je ne comprenais pas. Je fournissais un effort colossal pour comprendre, sachant que la r\u00e9ponse \u00e9tait simple. Je me r\u00e9veillais en nage. Y avait-il un lien entre ces r\u00eaves et mon creux de rendement, la baisse d\u2019\u00e9nergie pour laquelle le m\u00e9decin m\u2019avait prescrit entre autres du m\u00e9thylph\u00e9nidate, dose max&nbsp;? Aval\u00e9 avec quelques bi\u00e8res accompagn\u00e9es d\u2019un peu de rhum, \u00e7a me donnait un buzz euphorisant qui me permettait de maintenir ma r\u00e9putation de crack, de donner le change, mais pas pour Grigor.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; D\u2019ailleurs, celui-ci venait de se planter devant moi. Il m\u2019observait avec un air surpris, craintif m\u00eame. Je ne l\u2019avais jamais vu ainsi. Il a mis sa grosse main sur mon \u00e9paule. Sa poigne \u00e9tait solide, insistante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Il veut te voir, viens. Viens. Ne pose pas de question. Il n\u2019aime pas attendre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J\u2019ai voulu r\u00e9sister. Il a hoch\u00e9 la t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Viens et tu la fermes, a-t-il r\u00e9p\u00e9t\u00e9 sur un ton sans appel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je l\u2019ai suivi. Nous avons contourn\u00e9 le bar, puis emprunt\u00e9 le petit couloir menant aux pissoti\u00e8res. L\u2019extr\u00e9mit\u00e9 du couloir d\u00e9bouchait sur une porte que je n\u2019avais jamais remarqu\u00e9e. Pourtant, je fr\u00e9quentais l\u2019endroit et ses toilettes depuis des ann\u00e9es. Dieu sait combien j\u2019en avais piss\u00e9 des litres, dans ce trou. Deux sbires \u00e9taient post\u00e9s de part et d\u2019autre de la porte. Manifestement des garde-chiourmes. Chacun avait en main un Uzi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La porte s\u2019est ouverte, Grigor m\u2019a donn\u00e9 une solide pouss\u00e9e, puis a referm\u00e9 derri\u00e8re moi. Une lampe temp\u00eate donnait une lumi\u00e8re faible au-dessus d\u2019une petite table o\u00f9 il y avait une bouteille et deux verres. Un homme \u00e9tait assis devant la table, la t\u00eate pench\u00e9e. Le reste de pi\u00e8ce \u00e9tait plong\u00e9 dans l\u2019obscurit\u00e9. Impossible d\u2019en d\u00e9limiter les contours. L\u2019homme ne disait rien, il semblait plong\u00e9 dans d\u2019intenses r\u00e9flexions. Puis, il a tendu une main vers la chaise devant lui. Je me suis assis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 \u00c7a fait longtemps que je t\u2019observe, mon cher\u2026 mon cher V, oui\u2026 V comme dans Void. Ah, ne feins pas la surprise, bon sang.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Sa voix \u00e9tait bourrue. Il a lev\u00e9 la t\u00eate. Lourd visage oblong, chevelure et barbe d\u2019un noir charbon, des yeux noirs, si noirs\u2026 Il m\u2019a vers\u00e9 un verre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Cul sec, matelot&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C\u2019\u00e9tait un ordre. J\u2019ai aval\u00e9. Au d\u00e9but \u00e7a ne go\u00fbtait rien, puis la bouche et la gorge ont commenc\u00e9 \u00e0 chauffer. Un \u00e9c\u0153urant go\u00fbt de merde m\u2019a envahi la bouche. J\u2019ai eu envie de vomir. Rapidement, ma vision s\u2019est embu\u00e9e et ma t\u00eate s\u2019est mise \u00e0 tourner. J\u2019ai oscill\u00e9 un temps sur ma chaise. L\u2019autre ne bougeait pas d\u2019un poil. Le go\u00fbt a disparu, la naus\u00e9e aussi. Tout \u00e0 coup, l\u2019air dans la pi\u00e8ce a eu des relents marins. Au fond de mon cerveau, je me suis dit qu\u2019en effet, le m\u00e9lange de rhum et de m\u00e9thylph\u00e9nidate avait des effets curieux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Mais c\u2019est quoi, cette cochonnerie&nbsp;? Qui \u00eates-vous&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il a avanc\u00e9 la t\u00eate. Bien s\u00fbr&#8230; C\u2019\u00e9tait le type de mes r\u00eaves. Je suis dans un r\u00eave \u00e9veill\u00e9, me suis-je dit. Ce n\u2019\u00e9tait pas la premi\u00e8re fois. En fait, \u00e7a m\u2019\u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises. Dans ces moments o\u00f9 la r\u00e9alit\u00e9 s\u2019adjoignait une ou deux dimensions floues, j\u2019avais cod\u00e9 comme jamais je ne l\u2019avais fait. Les portes secr\u00e8tes du Web s\u2019ouvraient. Ce n\u2019\u00e9taient pas que des r\u00eaves, car, de ces moments singuliers et exaltants o\u00f9 j\u2019avais l\u2019impression de fr\u00f4ler du neuf, du nouveau, de l\u2019inconnu, il me restait quelque chose de tangible une fois \u00e9veill\u00e9 \u2014 des notes, des lignes de code, des enregistrements dans le cloud, de l\u2019argent dans mes comptes&nbsp;! Dans mon esprit, je consid\u00e9rais ces \u00e9tats particuliers comme des transes. Je pensais \u00e0 tous ces musiciens, \u00e9crivains, artistes, scientifiques qui avaient \u00e9galement connu ces moments\u2026 oserais-je dire des moments d\u2019inspiration&nbsp;? J\u2019ai souri.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Cesse de sourire b\u00eatement&nbsp;! L\u00e8ve-toi et viens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J\u2019ai obtemp\u00e9r\u00e9, c\u2019\u00e9tait impossible de faire autrement. Je l\u2019ai suivi au fond de la pi\u00e8ce occup\u00e9e par une large porte. Il l\u2019a ouverte. Une vague d\u2019eau noire et glac\u00e9e a failli nous emporter. Nous \u00e9tions sur un bateau qui tanguait follement sur une mer d\u00e9cha\u00een\u00e9e. Il a ferm\u00e9 la porte, m\u2019a saisi fermement le bras et a cri\u00e9 \u00e0 mon oreille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Je suis le capitaine. Tu es venu naviguer dans mes eaux. Depuis, j\u2019ai perdu quelque chose. \u00c0 moins que tu me l\u2019aies vol\u00e9. Peu importe, je veux le ravoir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce r\u00eave d\u00e9passait tout ce que j\u2019avais connu. C\u2019\u00e9tait le jour et la nuit en m\u00eame temps, toutes les heures du jour \u00e9taient confondues en une grisaille qui oscillait constamment entre une clart\u00e9 boueuse et une opacit\u00e9 bl\u00eame. Le vent sifflait avec \u00e2pret\u00e9. Les vagues, immenses, se dressaient en murs hostiles. Des ombres s\u2019agitaient sur le pont. Le capitaine hurlait des ordres dans une langue inconnue. \u00c7a ne ressemblait \u00e0 rien que je connaissais. Des cris soudains fus\u00e8rent de partout. Peu importe la langue, le code, &nbsp;\u00e7a voulait dire&nbsp;: &nbsp;Attention&nbsp;! Une lame \u00e9norme est mont\u00e9e devant la proue de l\u2019embarcation, dont je ne parvenais pas \u00e0 \u00e9tablir les dimensions. L\u2019eau s\u2019est abattue sur le bateau avec fracas, toute la structure a fr\u00e9mi, un sourd craquement a suivi. Un m\u00e2t s\u2019est \u00e9cras\u00e9 de travers juste derri\u00e8re le capitaine, qui \u00e9tait maintenant \u00e0 l\u2019avant du bateau. Il a lev\u00e9 les bras au ciel, il a hurl\u00e9. Un d\u00e9ment s\u2019adressant \u00e0 la mer. Maintenant, je comprenais ce qu\u2019il disait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Tu ne m\u2019auras pas, tu ne m\u2019auras pas\u2026 Je t\u2019\u00e9puiserai goutte \u00e0 goutte. Je te dompterai.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il a vocif\u00e9r\u00e9 des ordres pour qu\u2019on remette le m\u00e2t en place, qu\u2019on d\u00e9barrasse le pont des d\u00e9bris qui le jonchaient, qu\u2019on fasse le d\u00e9compte de la marchandise. Il s\u2019est tourn\u00e9 dans ma direction, il m\u2019a vu. Il s\u2019est avanc\u00e9 d\u2019un air mena\u00e7ant en enjambant le tronc inerte du m\u00e2t.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Toi&nbsp;! Toi&nbsp;! C\u2019est ta faute si je ne parviens pas \u00e0 franchir ce d\u00e9troit. Je n\u2019arr\u00eate pas de revenir au m\u00eame point. Cette foutue vague me fait toujours reculer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Rendu devant moi, il m\u2019 a fix\u00e9 avec m\u00e9chancet\u00e9 du haut de ses deux m\u00e8tres. J\u2019avais l\u2019impression qu\u2019il grandissait chaque fois qu\u2019il s\u2019adressait \u00e0 moi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 C\u2019est un r\u00eave, c\u2019est un cauchemar\u2026 Les m\u00e9dicaments\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Un r\u00eave&nbsp;? Un r\u00eave&nbsp;? Vous entendez \u00e7a, vous autres&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il s\u2019\u00e9tait tourn\u00e9 vers les ombres amass\u00e9es derri\u00e8re lui. Des formes floues, ind\u00e9finies, qui n\u00e9anmoins me faisaient toutes penser \u00e0 Grigor. Il a eu un rire \u00e9norme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Non, mon ami, le r\u00eave, c\u2019est quand tu te crois \u00e9veill\u00e9. Ici, c\u2019est la r\u00e9alit\u00e9 du vide, ma r\u00e9alit\u00e9. Tu entends&nbsp;? Ma r\u00e9alit\u00e9&nbsp;! Tu es venu la bousiller en y entrant sans \u00eatre invit\u00e9. Mets-toi \u00e0 l\u2019\u0153uvre&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Mais \u00e0 l\u2019\u0153uvre de quoi&nbsp;? C\u2019est d\u00e9lirant, tout\u2026 tout \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Trouve ce que tu m\u2019as pris. Trouve ce que tu as fait&nbsp;! Tu dois trouver&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il a tourn\u00e9 les talons. Les formes se sont dispers\u00e9es en divers endroits du bateau pour s\u2019affairer \u00e0 d\u2019obscures t\u00e2ches. La mer s\u2019est soudainement calm\u00e9e. Il n\u2019y avait pas de soleil, seulement une \u00e9paisse chape de nuages. Je me suis accoud\u00e9 au bastingage. J\u2019ai port\u00e9 mon regard au plus loin sur l\u2019horizon, tentant d\u2019y trouver une porte pour quitter le r\u00eave. Pourtant\u2026 Tout avait une pr\u00e9sence, une consistance, une v\u00e9racit\u00e9 plus profonde que tout ce que j\u2019avais pu conna\u00eetre dans mon quotidien, dans ma chair d\u00e9limit\u00e9e par trois dimensions d\u2019espace et quelques-unes de temps. L\u2019acier et la peinture cloqu\u00e9e sur lesquels reposaient mes mains, l\u2019odeur lourde du mazout, la cr\u00eate dentel\u00e9e des vagues, les br\u00fblements d\u2019estomac caus\u00e9s par les m\u00e9dicaments. Tout \u00e9tait d\u2019une pl\u00e9nitude et d\u2019une complexit\u00e9 fractales. Un calme subit s\u2019est pos\u00e9 sur les flots.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Int\u00e9ressant, n\u2019est-ce pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un homme se tenait \u00e0 ma droite, lui aussi accoud\u00e9 au bastingage. Il fixait le m\u00eame point flou d\u2019horizon que moi. Trench-coat beige, cigarette au bec, m\u00e2choire volontaire, un f\u00e9dora l\u00e9g\u00e8rement de guingois pos\u00e9 sur un cr\u00e2ne qui avait manifestement de la mis\u00e8re \u00e0 contenir toutes ses interrogations\u2026 L\u2019homme avait un air familier. Il ne m\u2019\u00e9tait pas \u00e9tranger. Je le reconnaissais. Son nom m\u2019\u00e9chappait, je l\u2019avais sur le bout de la langue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Un aimable gorille, ce capitaine, ne trouvez-vous pas&nbsp;? Il me fait penser \u00e0 un tenancier que j\u2019ai connu jadis \u00e0 Amsterdam. Vous aimez Amsterdam&nbsp;? Il est vrai que la ville a beaucoup chang\u00e9. En surface seulement, croyez-moi. Dans ses canaux obscurs, il s\u2019y n\u00e9gocie toujours d\u2019\u00e9tranges commerces. Surtout en ce qui touche les bonnes intentions. Vous voulez que je vous raconte une histoire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J\u2019ai hoch\u00e9 la t\u00eate. Il a eu un petit sourire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Permettez.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il a allum\u00e9 une cigarette, il en a tir\u00e9 une longue bouff\u00e9e. Il s\u2019est redress\u00e9, posant les mains sur le bastingage, tel un avocat sur le point de plaidoyer devant un tribunal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u2014 Il arrive qu\u2019on se trompe dans la vie, et surtout dans les affaires du c\u0153ur, car, entre vous et moi, \u00e0 ces affaires-l\u00e0, personne n\u2019y comprend rien. Mais, plus encore, et c\u2019est un dur aveu pour moi, c\u2019est surtout dans le domaine des id\u00e9es o\u00f9 on s\u2019\u00e9choue, o\u00f9 on \u00e9choue. Ah, vous me voyez d\u00e9j\u00e0 en train de compartimenter les choses, \u00e0 croire que la vie est un amoncellement de petites cases disjointes, l\u2019amour ici, les id\u00e9es l\u00e0, des cases dans lesquelles les drames \u2014 j\u2019insiste, les drames, la dramaturgie, c\u2019est important, j\u2019en ai fait mon pain et mon beurre \u2014 se d\u00e9rouleraient en priv\u00e9. Il n\u2019en est rien, bien s\u00fbr, vous le savez bien. Tout est interconnect\u00e9. C\u2019est bien ce qu\u2019on dit aujourd\u2019hui \u2014 interconnect\u00e9, et c\u2019est encore plus vrai quand on creuse. J\u2019ai creus\u00e9 \u00e0 ma fa\u00e7on, avec le mat\u00e9riau dont je disposais \u00e0 mon \u00e9poque, \u00e0 savoir l\u2019homme qui peinait \u00e0 sortir du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, l\u2019homme encore \u00e9tonn\u00e9 par sa ma\u00eetrise de la vapeur, par la d\u00e9couverte de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, l\u2019homme encore subjugu\u00e9 par les id\u00e9ologies, les syst\u00e8mes. Mais la donne a chang\u00e9. Les cieux renferment maintenant des exoplan\u00e8tes, toutes ces choses qui font fr\u00e9mir les papes, les imams, les rabbins, comme si au si\u00e8cle dernier, nous n\u2019avions pas d\u00e9j\u00e0 assez fait fr\u00e9mir les religieux de tout poil. Plus que jamais leurs dieux sont en p\u00e9ril, car ils risquent de ne plus \u00eatre seuls dans les cieux. Et ici, dans les enfers num\u00e9riques, il se manifeste une nouvelle forme de\u2026 j\u2019h\u00e9site \u00e0 utiliser le mot \u00ab\u00a0intelligence\u00a0\u00bb, tellement l\u2019humain se l\u2019est appropri\u00e9 pour d\u00e9crire sa grandiloquence pu\u00e9rile. \u00c0 notre insu, des \u00e9v\u00e9nements se d\u00e9roulent. J\u2019en pressens la funeste fatalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il a fait une pause. Manifestement, il s\u2019adressait \u00e0 plus grand que moi. M\u00eame les vagues ne semblaient pas constituer un auditoire assez vaste pour lui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 \u00c7a donne un rude coup \u00e0 la pr\u00e9tention humaine, tout \u00e7a, vous ne trouvez pas&nbsp;? Tous les beaux syst\u00e8mes philosophiques construits sur la force de bonnes intentions, c\u2019est de la foutaise, la science nous le d\u00e9montre. Les goulags et les camps de r\u00e9\u00e9ducation de tout acabit en ont fait la preuve par A + B au si\u00e8cle dernier, et au pr\u00e9sent. C\u2019est l\u00e0 que l\u2019humain a montr\u00e9 son vrai visage. Pas vraiment celui que j\u2019esp\u00e9rais. Ah oui, je voulais raconter une histoire. Hum, je l\u2019ai oubli\u00e9e. Sur les affaires du c\u0153ur, je pense\u2026 Oui, comme les v\u00f4tres peut-\u00eatre, qui ont mal tourn\u00e9 et dont vous avez fait de petits drames persos vite \u00e9tanch\u00e9s par un exc\u00e8s de rhum et petits comprim\u00e9s. Puis, votre d\u00e9couverte fortuite des portes d\u00e9rob\u00e9es qui vous ont men\u00e9 ici. Mais bon, votre cas est si\u2026 banal\u2026 Moi, ce qui m\u2019int\u00e9ressait, c\u2019\u00e9tait l\u2019homme et son destin. C\u2019est l\u00e0 que le b\u00e2t blesse, c\u2019est l\u00e0 que mon erreur r\u00e9side. Et vous savez en quoi a consist\u00e9 mon erreur&nbsp;? Cela a \u00e9t\u00e9 de confiner l\u2019humain et son destin \u00e0 des horizons finis dans le temps, dans l\u2019espace. Mon erreur a \u00e9t\u00e9 de croire l\u2019humain perfectible alors qu\u2019il est intrins\u00e8quement tordu. Mon erreur a \u00e9t\u00e9 de ne pas percevoir ces horizons infinis. Comme ce cosmos l\u00e0-haut, comme cette mer ici\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il a cess\u00e9 de parler. Le vent, qui venait de se lever, a failli emporter son chapeau. Il l\u2019a rattrap\u00e9 juste \u00e0 temps. Il l\u2019a enfonc\u00e9 sur sa chevelure noire. Il avait beaucoup vieilli pendant son la\u00efus. Sans me regarder, il a souri. Sourire d\u00e9sabus\u00e9, sourire triste, sourire plaqu\u00e9 de l\u2019amertume assum\u00e9e sur une bouche qui constate sans grande surprise un \u00e9chec. Il a allum\u00e9 une autre cigarette, il m\u2019a souri, il a exhal\u00e9 une grande bouff\u00e9e de fum\u00e9e. Lorsque la fum\u00e9e s\u2019est dissip\u00e9e, il avait disparu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J\u2019\u00e9tais encore sous le coup de cette \u00e9tonnante rencontre quand les ordres gutturaux du capitaine m\u2019ont ramen\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Enfin, \u00e0 sa r\u00e9alit\u00e9. Toujours \u00e0 la proue du bateau, il continuait de haranguer la mer qui, de nouveau, devenait mena\u00e7ante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 C\u2019est quoi ton truc, Charybde&nbsp;? \u00c0 moins que tu ne sois Scylla&nbsp;? Je m\u2019en fous de tes origines mythiques et miteuses. Je passe ici depuis des si\u00e8cles sans probl\u00e8me, mais il y a l\u00e0 ce con \u2014 il s\u2019est tourn\u00e9 vers moi puis s\u2019est retourn\u00e9 vers la mer \u2014 qui est venu traficoter je ne sais quoi. Tous les matins, j\u2019en suis au m\u00eame point. Toujours, tes eaux f\u00e9tides me repoussent. J\u2019ai une charge d\u2019\u00e2mes \u00e0 livrer, bon sang. Tu m\u2019emp\u00eaches de travailler.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le capitaine a continu\u00e9 de haranguer la mer, levant les poings ferm\u00e9s. J\u2019avais l\u2019impression que cette engueulade aux \u00e9l\u00e9ments faisait partie de sa description de t\u00e2ches. Il ne me pr\u00eatait plus attention. Je me suis fait petit. J\u2019ai tent\u00e9 de voir comment je pouvais quitter cette embarcation men\u00e9e par un fou furieux. On naviguait tr\u00e8s creux dans le Void. Il s\u2019y n\u00e9gociait des armes, des drogues, des coups d\u2019\u00c9tat, des bonnes intentions, m\u00eame. Des charges d\u2019\u00e2mes&nbsp;? Allait-on bient\u00f4t traverser le Styx en passant par Amsterdam&nbsp;? Le capitaine \u00e9tait-il Charon ou Achab&nbsp;? Le grand cachalot \u00e9tait-il sur le point de jaillir des eaux, de nous \u00e9craser de sa masse hautaine&nbsp;? La lueur ne cessait d\u2019osciller entre nuit et jour, la mer ne voulait pas s\u2019apaiser. Obtuse, elle \u00e9tait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quand je naviguais dans le Void, je programmais toujours une porte d\u00e9rob\u00e9e qui me ramenait \u00e0 un niveau de r\u00e9alit\u00e9 sup\u00e9rieur, je savais toujours retrouver mon chemin. Mais ici, les choses \u00e9taient totalement diff\u00e9rentes. Je ne sentais aucune virtualit\u00e9 plausible, je ne voyais aucune porte de sortie, et je me demandais si je m\u2019\u00e9tais moi-m\u00eame pi\u00e9g\u00e9 dans l\u2019en de\u00e7\u00e0 num\u00e9rique. Le pessimisme de l\u2019homme au trench-coat \u2014 sa funeste fatalit\u00e9 \u2014 m\u2019a du coup saisi \u00e0 l\u2019estomac. La panique me gagnait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je me suis d\u00e9plac\u00e9 vers l\u2019arri\u00e8re pour me soustraire de la vue du capitaine. Moins il me voyait, plus peut-\u00eatre j\u2019avais des chances d\u2019\u00e9chapper \u00e0 ce cauchemar. J\u2019ai ferm\u00e9 les yeux et j\u2019ai band\u00e9 mes pens\u00e9es sur mes derni\u00e8res vir\u00e9es dans le Void pour trouver o\u00f9 j\u2019avais pu foirer. Je ne me rappelais aucune mer calme ou furibonde, aucun capitaine cool ou d\u00e9lirant, aucun philosophe d\u00e9sabus\u00e9 sorti d\u2019un film des ann\u00e9es 50. Mes escapades pr\u00e9c\u00e9dentes dans les bas-fonds du Void ne m\u2019avaient rien pr\u00e9sent\u00e9 de la sorte. Est-ce que je venais d\u2019aboutir dans quelque chose de plus creux encore, dont les r\u00e8gles m\u2019\u00e9chappaient totalement&nbsp;? L\u2019id\u00e9e a fait deux ou trois fois le tour de mon cerveau puis s\u2019est \u00e9vapor\u00e9e. J\u2019ai explor\u00e9 d\u2019autres possibilit\u00e9s, \u00e7a ruminait fort dans mon lobe frontal. En vain. \u00c7a n\u2019aboutissait \u00e0 rien. Non, quelque chose d\u2019autre \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u0153uvre ici. J\u2019\u00e9tais sur le point de sombrer dans une langueur dangereuse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il est alors arriv\u00e9 deux choses. J\u2019ai compris que j\u2019\u00e9tais enferr\u00e9 dans une partie curieusement programm\u00e9e du Void, dans une boucle infinie sans condition de sortie. En m\u00eame temps, j\u2019ai aper\u00e7u un des matelots du capitaine en train de laver le pont \u00e0 quelques m\u00e8tres de moi, une t\u00e2che ridicule, car le pont \u00e9tait constamment balay\u00e9 par des vagues r\u00e9currentes. Je me suis approch\u00e9. Cette fois-ci, la forme \u00e9tait nette, d\u00e9finie. C\u2019\u00e9tait bien Grigor. Les yeux fix\u00e9s sur le pont, il marmonnait \u00e0 voix haute.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Capitaine, \u00f4 capitaine\u2026 Tu m\u2019as pris corps et \u00e2me, comme si j\u2019\u00e9tais ton amoureux transi. Je t\u2019aime, je te hais. Tu m\u2019as fait d\u00e9couvrir ces mondes, tu m\u2019as clon\u00e9. Je n\u2019ai oppos\u00e9 aucune r\u00e9sistance. Ah, parfois, je m\u2019ennuie de ma vie simple d\u2019autrefois. Je tenais un bar o\u00f9 tous ces nerds venaient jouer aux pirates en surfant sur le Web, puis certains ont commenc\u00e9 \u00e0 creuser dans le Dark, puis dans le Void, et plus loin encore. Et c\u2019est de l\u00e0 que tu as \u00e9merg\u00e9, que tu as pris possession de mon bar, que tu m\u2019as donn\u00e9 une mission&nbsp;: recruteur d\u2019\u00e2mes. Tes vis\u00e9es sont sombres. Tu veux conqu\u00e9rir le monde\u2026 Tous ces cons pensent qu\u2019un jour la Terre sera conquise par les aliens, des extraterrestres venant de l\u2019au-del\u00e0. Mais tu me l\u2019as dit \u2014 ils ne savent rien de l\u2019en de\u00e7\u00e0, de ton domaine, de tes plans.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Maintenant, je ne sais plus o\u00f9 je suis. Sur ce bateau, ou dans le bar, dans l\u2019attente d\u2019un prochain client qui pourrait t\u2019int\u00e9resser. J\u2019ai l\u2019impression d\u2019\u00eatre ici et l\u00e0-bas en m\u00eame temps. Sur cette foutue mer et dans le bar. Je ne sais pas si je suis plus vivant ici ou l\u00e0-bas.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Deux \u00e9tats en m\u00eame temps, \u00e0 la fa\u00e7on des particules intriqu\u00e9es en m\u00e9canique quantique&nbsp;! Tout est devenu clair. Cette programmation \u00e9tait bizarre, car elle n\u2019\u00e9tait pas binaire. On \u00e9tait dans une partie du Web programm\u00e9e en quantique, on \u00e9tait dans le royaume des probabilit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J\u2019avais \u00e9tudi\u00e9 ces questions avant d\u2019opter pour le rhum. Grigor a cess\u00e9 de laver le pont. Il a lev\u00e9 la t\u00eate. Il m\u2019a vu et il a souri. Puis, surgie de nulle part, une porte s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9e devant moi. J\u2019ai pouss\u00e9. Quelques marches descendaient, puis rien, pendant un temps ind\u00e9fini. Pas d\u2019\u00e9toile. Ce sont les mots qui me sont venus \u00e0 l\u2019esprit en p\u00e9n\u00e9trant dans ce\u2026 Je n\u2019avais que ces mots pour d\u00e9crire ce non-lieu&nbsp;: pas d\u2019\u00e9toile. C\u2019\u00e9tait une vastitude colossale aux dimensions cosmiques. Je n\u2019avais qu\u2019une certitude&nbsp;: aucune \u00e9toile ne pouvait luire ici.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je me suis retourn\u00e9. Il n\u2019y avait plus de porte. Devant, tr\u00e8s loin, une lumi\u00e8re t\u00e9nue luisait. Mes pas m\u2019y menaient. J\u2019avais l\u2019impression de marcher sur un marbre fin, translucide. Sous celui-ci, je voyais tout mon pass\u00e9. Le fil de toutes mes ann\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 ma naissance. Toutes mes actions, mes pens\u00e9es, tout \u00e9tait clair, dans une grande finesse de d\u00e9tail. C\u2019\u00e9tait plein d\u2019autres miroirs o\u00f9 se refl\u00e9taient toutes les possibles bifurcations qui s\u2019\u00e9taient pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 chaque instant de ma vie, et celles que j\u2019avais prises. Le fil des \u00e9v\u00e9nements de ma vie faisait, au travers de tous ces possibles, un immense serpent aux ramifications multiples tournoyant sur lui-m\u00eame en une structure majestueuse renfermant l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 de mon code qui parcourait les alv\u00e9oles du temps, depuis ma venue au monde jusqu\u2019\u00e0 l\u2019instant pr\u00e9sent. J\u2019\u00e9tais fascin\u00e9. Je me suis dit qu\u2019il faudrait une quantit\u00e9 inimaginable de bits classiques pour consigner toute cette info dans un ordi. Avec les qbits et l\u2019informatique quantique, ce serait possible. Et, tout au fond, loin sous mes pieds, l\u00e0 o\u00f9 se trouvait probablement le moment de ma naissance, d\u2019autres miroirs encore. Je ne pouvais pas voir plus loin. Une voix affable s\u2019est fait entendre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Attention, mon ami, vous pouvez vous perdre dans la contemplation de votre pass\u00e9. Venez donc par ici.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J\u2019\u00e9tais tout pr\u00e8s de l\u2019endroit \u00e9clair\u00e9. Un type d\u2019un \u00e2ge ind\u00e9finissable \u00e9tait appuy\u00e9 contre une table de billard, baguette \u00e0 la main. Il me souriait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Je suis le r\u00e9partiteur. Ou le r\u00e9parateur, c\u2019est selon. Voulez-vous jouer&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; D\u2019une main, il d\u00e9signa la table, une table de snooker sur laquelle des boules, mues par une \u00e9nergie interne, se d\u00e9pla\u00e7aient et rebondissaient incessamment sur les bandes. La sc\u00e8ne avait quelque chose de connu, tr\u00e8s d\u00e9j\u00e0 vu. Il m\u2019a tendu une baguette.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Frappez-en une.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je n\u2019avais pas tenu de baguette depuis des ann\u00e9es. J\u2019ai vis\u00e9 la blanche vers une boule rouge qui sautillait sur place. La boule blanche a d\u2019abord coll\u00e9 \u00e0 l\u2019embout de la baguette, puis elle a fil\u00e9 \u00e0 vive allure. Elle a heurt\u00e9 la boule rouge dans un impact qui a r\u00e9sonn\u00e9 violemment dans ma t\u00eate. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 transport\u00e9 ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J\u2019\u00e9tais devant un rivage. Le ressac des vagues \u00e9tait un chant de tristesse. L\u2019homme au trench-coat marchait devant moi, dans l\u2019eau qui lui arrivait \u00e0 mi-mollet. Il faisait chaud. Il portait son paletot repli\u00e9 sur un bras, sa chemise d\u00e9boutonn\u00e9e, tenant dans une main son chapeau et dans l\u2019autre ses chaussures, au fond desquelles il avait enfoui ses chaussettes. Il avait relev\u00e9 ses bas de pantalon. Il \u00e9tait perdu dans d\u2019intenses r\u00e9flexions. Parfois, il s\u2019arr\u00eatait et se retournait. Il sentait ma pr\u00e9sence, mais il ne me voyait pas. Je ne me voyais pas non plus. J\u2019\u00e9tais une pens\u00e9e, un soup\u00e7on de bruine, un passager des brumes. Il a continu\u00e9 \u00e0 marcher longtemps, puis il s\u2019est assis sur un rocher apr\u00e8s avoir d\u00e9pos\u00e9 ses v\u00eatements sur le sable, contre un tronc mort. Le soleil baissait sur l\u2019horizon. Un autre soleil d\u00e9j\u00e0 occupait le z\u00e9nith. Un troisi\u00e8me venait de se lever. Nous \u00e9tions sur Apoptose 22-b. L\u2019air \u00e9tait empreint d\u2019une m\u00e9lancolie poignante. L\u2019homme s\u2019est mis \u00e0 parler \u00e0 voix haute.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Je ne vous vois pas, mais je sais que vous \u00eates l\u00e0. Les choses sont \u00e9tranges, ici. Vous sentez cette tristesse qui suinte des mol\u00e9cules d\u2019air&nbsp;? Cette plan\u00e8te s\u2019apparente vachement \u00e0 notre petite barque, notre Terre. J\u2019ignore s\u2019il y a des habitants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une brume douce s\u2019est lev\u00e9e au-dessus de la mer. Elle m\u2019a envelopp\u00e9. Quand elle a disparu, j\u2019\u00e9tais de nouveau devant la table de billard. Autour, des \u00e9tag\u00e8res innombrables \u00e0 perte de vue, et dessus, des petites formes tout aussi innombrables surmont\u00e9es de petits cr\u00e2nes souriants qui gesticulaient joyeusement. Les formes m\u2019applaudissaient. Elles ont saut\u00e9 de leurs \u00e9tag\u00e8res et se sont r\u00e9parties partout. \u00c7a chantait, \u00e7a criait, \u00e7a dansait, \u00e7a gueulait, \u00e7a boustifaillait, \u00e7a pissait partout. Dans ces formes rev\u00eatues de divers atours j\u2019ai reconnu les personnages du Triomphe de la Mort, de Bruegel l\u2019ancien, d\u00e9multipli\u00e9s, sortis de leur cadre en ce lieu pour une ultime f\u00eate macabre. La mort leur souhaitait la bienvenue chez elle. Chacun c\u00e9l\u00e9brait son passage \u00e0 tr\u00e9pas. Enfin, on en a fini avec cette stupide vie terrienne&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une voix s\u2019est fait entendre, nette au-dessus du brouhaha. J\u2019avais totalement oubli\u00e9 le joueur de billard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 C\u2019est la cargaison du capitaine. Au total, 168 923 pour hier, \u00e0 peu pr\u00e8s le m\u00eame nombre par jour depuis environ trois mois. \u00c7a approche les quinze millions d\u2019\u00e2mes. Le capitaine est furieux. Il aime naviguer l\u00e9ger.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Mais je n\u2019ai rien \u00e0 y voir. Et, de toute fa\u00e7on, tout \u00e7a, c\u2019est un cauchemar.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Vous avez le choix. Je vous r\u00e9partis et vous les rejoignez \u2014 il d\u00e9signa du bout de la baguette les petites formes qui emplissaient tout l\u2019espace \u2014 ou bien je vous r\u00e9pare et vous le rejoignez \u2014 d\u2019un pouce vers le haut, il a d\u00e9sign\u00e9 le pont du bateau. Je pressens votre r\u00e9ponse. On r\u00e9pare.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il a ouvert les mains. Quelque chose en est sorti. Un hologramme joliment color\u00e9. C\u2019\u00e9tait du code dans un langage inconnu. Je pensais pourtant les conna\u00eetre tous. Celui-l\u00e0 \u00e9tait proche, intime. Tout \u00e0 coup, j\u2019ai compris. C\u2019\u00e9tait mon code, mon code de vie, celui que j\u2019avais vu en entrant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Prenez.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il m\u2019invitait \u00e0 plonger la main dans l\u2019hologramme. J\u2019ai attrap\u00e9 quelque chose. C\u2019\u00e9tait visqueux, chaud. C\u2019\u00e9tait la branche d\u2019un arbre. Un arbre de branchements conditionnels, de ramifications possibles, plausibles. C\u2019\u00e9tait un programme organique, un arbre de lign\u00e9es de vie. Beaucoup de boucles sans issue, beaucoup d\u2019embo\u00eetements inutilement complexes, de clauses si-alors n\u2019allant nulle part, beaucoup d\u2019instructions GOTO HELL.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il m\u2019aurait fallu des vies et encore des vies pour les parcourir toutes. Il y en avait toutefois une qui \u00e9tait mienne, qui \u00e9tait ma voie. Je la voyais luire plus que les autres possibilit\u00e9s. C\u2019\u00e9tait ma ligne de plausibilit\u00e9. La continuation dans le futur du serpent que j\u2019avais entrevu en p\u00e9n\u00e9trant. L\u2019hologramme m\u2019a alors envelopp\u00e9, comme la brume sur Apoptose-22b. Je venais de comprendre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je me suis retrouv\u00e9 sur le pont. Le capitaine me regardait. Apoptose-22b, ai-je murmur\u00e9. J\u2019ai mis le doigt sur ma tempe. Il a souri de toutes ses dents dor\u00e9es. Il venait de comprendre aussi. Il s\u2019\u00e9tait tromp\u00e9 de plan\u00e8te. Il tentait donc de traverser le mauvais d\u00e9troit sur la mauvaise plan\u00e8te. Soudain, la mer s\u2019est totalement calm\u00e9e. Elle s\u2019est recouverte d\u2019un ciel d\u2019un bleu pur. L\u2019eau \u00e9tait \u00e9tale, apais\u00e9e, stri\u00e9e de longues bandes vertes et minces, jusqu\u2019\u00e0 perte de vue. Le capitaine a secou\u00e9 la t\u00eate. Il a lanc\u00e9 une s\u00e9rie de jurons.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Ah shit, la mer des Sargasses. Mais au moins, on est sur la Terre et j\u2019ai franchi le d\u00e9troit. <em>Fuck you<\/em> Charybde, ou <em>whatever&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il s\u2019est tourn\u00e9 vers moi. Dans un sourire sardonique, il a tendu la main, paume ouverte, dans ma direction. Toute la sc\u00e8ne \u2014 le capitaine, la mer, le bateau, le ciel \u2014 s\u2019est d\u00e9faite en longs lambeaux, comme une huile qui tient mal et d\u00e9gouline sur sa toile.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J\u2019ai senti une poigne solide sur mon \u00e9paule.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 H\u00e9, l\u2019ami, je ferme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ma t\u00eate pesait des tonnes, mes muscles \u00e9taient endoloris, une profonde naus\u00e9e valsait dans ma poitrine. Il m\u2019a fallu de longues secondes, de longues minutes, pour reprendre mes esprits. J\u2019ai lev\u00e9 la t\u00eate. Grigor \u00e9tait de mauvaise humeur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 Combien de fois je te l\u2019ai dit&nbsp;? M\u00e9lange pas tes trucs avec l\u2019alcool. \u00c7a t\u2019fait pas. C\u2019est quoi \u00e7a&nbsp;? Depuis quand t\u2019as ces tatous&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La grande vague de Kanagawa ondoyait sur mon avant-bras droit. Sur le gauche, trois soleils se levaient au-dessus d\u2019un horizon.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La mer des Sargasses est devenue num\u00e9rique.<\/p>\n","protected":false},"author":28,"featured_media":175,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_crdt_document":"","disable_featured_image":true,"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[5,6],"taxon-du-petit-parc":[],"class_list":["post-180","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nouvelle","tag-nouvelle","tag-pierre"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/180","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-json\/wp\/v2\/users\/28"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=180"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/180\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":262,"href":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/180\/revisions\/262"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-json\/wp\/v2\/media\/175"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=180"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=180"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=180"},{"taxonomy":"taxon-du-petit-parc","embeddable":true,"href":"https:\/\/lepetitparc.ca\/pierre\/wp-json\/wp\/v2\/taxon-du-petit-parc?post=180"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}